• Deux pigeons...

     

     

     

     

    (image internet)

     

    Les deux Pigeons

     

    Deux Pigeons s’aimaient d’amour tendre :
    L’un d’eux, s’ennuyant au logis,
    Fut assez fou pour entreprendre
    Un voyage en lointain pays.
    L’autre lui dit : « Qu’allez-vous faire ?
    Voulez-vous quitter votre frère ?
    L’absence est le plus grand des maux :
    Non pas pour vous, cruel ! Au moins, que les travaux,
    Les dangers, les soins du voyage,
    Changent un peu votre courage.
    Encore, si la saison s’avançait davantage !
    Attendez les zéphyrs : qui vous presse ? un corbeau
    Tout à l’heure annonçait malheur à quelque oiseau.
    Je ne songerai plus que rencontre funeste,
    Que faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut :
    Mon frère a-t-il tout ce qu’il veut,
    Bon soupé, bon gîte, et le reste ? »
    Ce discours ébranla le cœur
    De notre imprudent voyageur ;
    Mais le désir de voir et l’humeur inquiète
    L’emportèrent enfin. Il dit : « Ne pleurez point ;
    Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite :
    Je reviendrai dans peu conter de point en point
    Mes aventures à mon frère ;
    Je le désennuierai. Quiconque ne voit guère
    N’a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
    Vous sera d’un plaisir extrême.
    Je dirai : J’étais là ; telle chose m’advint :
    Vous y croirez être vous-même. »
    À ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu.
    Le voyageur s’éloigne : et voilà qu’un nuage
    L’oblige de chercher retraite en quelque lieu.
    Un seul arbre s’offrit, tel encore que l’orage
    Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage.
    L’air devenu serein, il part tout morfondu,
    Sèche du mieux qu’il peut son corps chargé de pluie ;
    Dans un champ à l’écart voit du blé répandu,
    Voit un pigeon auprès : cela lui donne envie ;
    Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d’un lacs,
    Les menteurs et traîtres appas.
    Le lacs était usé ; si bien que, de son aile,
    De ses pieds, de son bec, l’oiseau le rompt enfin :
    Quelque plume y périt, et le pis du destin
    Fut qu’un certain vautour, à la serre cruelle,
    Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle
    Et les morceaux du lacs qui l’avait attrapé,
    Semblait un forçat échappé.
    Le vautour s’en allait le lier, quand des nues
    Fond à son tour un aigle aux ailes étendues.
    Le Pigeon profita du conflit des voleurs,
    S’envola, s’abattit auprès d’une masure,
    Crut, pour ce coup, que ses malheurs
    Finiraient par cette aventure ;
    Mais un fripon d’enfant (cet âge est sans pitié)
    Prit sa fronde, et du coup tua plus d’à moitié
    La volatile malheureuse,
    Qui, maudissant sa curiosité,
    Traînant l’aile et tirant le pied,
    Demi-morte et demi-boiteuse,
    Droit au logis s’en retourna :
    Que bien, que mal, elle arriva,
    Sans autre aventure fâcheuse.
    Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
    De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
    Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
    Que ce soit aux rives prochaines.
    Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau,
    Toujours divers, toujours nouveau ;
    Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.
    J’ai quelquefois aimé : je n’aurais pas alors,
    Contre le Louvre et ses trésors,
    Contre le firmament et sa voûte céleste,
    Changé les bois, changé les lieux
    Honorés par les pas, éclairés par les yeux
    De l’aimable et jeune bergère
    Pour qui, sous le fils de Cythère,
    Je servis, engagé par mes premiers serments.
    Hélas ! quand reviendront de semblables moments ?
    Faut-il que tant d’objets si doux et si charmants
    Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ?
    Ah ! si mon cœur osait encore se renflammer !
    Ne sentirai-je plus de charme qui m’arrête ?
    Ai-je passé le temps d’aimer ?

     

    Jean de La Fontaine

     



     

    Et combien aujourd'hui,

     

    Délaissant le logis,

     

    S'en vont par les chemins,

     

    Par les airs, les routes et les mers,

     

    Pour chercher aventure, fortune et nouveauté,

     

    Laissant traîner derrière eux des cœurs malheureux ?

     

    Liviaaugustae

     


  • Commentaires

    1
    Jeudi 19 Avril à 10:57

    Une jolie fable dont je ne me souvenais plus Livia. Merci pour ce rappel.

    Bises et bon jeudi

      • Jeudi 19 Avril à 12:26

        Bonjour Zaza,

        Les fables de La Fontaine, sont toutes très belles et nous donnent des indications pour mieux faire..

        Bises et belle journée à toi aussi

    2
    Jeudi 19 Avril à 11:27

    Bonjour Chantal. Je connaissais cette fable de Jean de La Fontaine mais pas en entier. Elle est excellente/. Bonne journée et bisous

      • Jeudi 19 Avril à 12:28

        Bonjour Brigitte,

        Cette fable est excellente, mais elles le sont toutes, je les relis de temps à autres, ayant les oeuvres complètes de La Fontaine.

        Bisous et belle journée à toi aussi

    3
    Jeudi 19 Avril à 11:56

    difficile de te laisser un com ce matin, eklablog était en maintenance, donc je fais vite pendant que tout fonctionne,  et que j'ai un moment de libre....profite de ce beau soleil...

      • Jeudi 19 Avril à 12:30

        Bonjour Monique,

        En effet, j'ai vu que Eklaglog était en maintenance, et qu'on ne pouvait y accéder, mais il faut bien qu'ils le fasse de temps à autre

        Malheureusement, je ne peux profiter de ce beau temps, je suis au lit clouée par une bronchie asthmatiforme qui me fatigue beaucoup;

        <belle journée

    4
    Jeudi 19 Avril à 13:20

    Souvenir d'école mais je ne l'avais pas appris en entier, je m'en souviens car j'avais beaucoup de difficulté à retenir les récitations

    Bisous plein de soleil et de chaleur

      • Jeudi 19 Avril à 16:41

        Bonjour lili,

        Cette fable est très longue, on ne nous l'a jamais fait apprendre en entier, je l'aime beaucoup et la trouve si vraie.

        Bisous plein de soleil chez moi aussi, mais..comme je suis malade, je n'en profite pas hélas!

    5
    Jeudi 19 Avril à 17:30

    Je ne la connaissais pas, merci du partage Livia

    Toujours plus, encore plus... on sait ce qu'on laisse mais pas ce qu'on trouvera... De nos jours, certains baissent trop vite les bras...

    Bises & douce fin de journée sous le soleil 

      • Jeudi 19 Avril à 19:37

        Bonjour Laure,

        J'aime beaucoup cette fable, et de nos jours que de pigeons voyageurs...pour découvrir le monde car ailleurs ils pensent que l'herbe est plus verte!

        Bisous et douce fin de journée à toi aussi

    6
    Jeudi 19 Avril à 17:56

    Une jolie fable toujours bonne à relire

      • Jeudi 19 Avril à 19:38

        Bonjour gazou,

        En effet, je les relie de temps à autres avec toujours beaucoup de plaisir

    7
    Jeudi 19 Avril à 19:31

    coucou livia ; La Fontaine  a  bien cerné l'âme humaine et ses écrits sont intemorels; la preuve que l'Homme n'évolue pas;  ses travers sont transmis d'une génération à l'autre

      • Jeudi 19 Avril à 19:39

        Bonsoir Victoria,

        La Fontaine a très bien vu l'âme humaine, toujours en question, et je pense comme toi, que l'homme évolue guère.

        Bisous

    8
    Jeudi 19 Avril à 21:22

    C'est bien joli Parti pour une week-end de fou et à mardi.

      • Jeudi 19 Avril à 21:53

        Bonsoir Christian bon weekend  et a bientôt

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