• Les clés de juillet...

     

     

    Billet

    Les clefs…

    (Image Wikipédia)

     

    LE MOIS DE JUILLET EST LE MOIS DES CLEFS…

     

     

    Le mois de juillet est le mois des clefs.

    C’est le mois où, pour quelque raison encore inconnue des mortels, elles révèlent le côté profondément maléfique de leur nature, leur don de lévitation, leur pouvoir occulte d’être et de n’être plus. La clef de l’appartement, la clef de la malle cessent d’être les infiniment  petites, les infiniment  plates, les infiniment modernes. Elles se rattachent soudain à la lignée de celles sur lesquelles une tâche de sang ne s’efface pas ; de celles que frottent en vain avec le sable des mers et le sel de leur remords, le scélérat, le maudit, la curieuse ; de celles qui ouvrent la grille rouillée des grands crimes et des funestes enchantements.

    Ce sont tout à coup les clefs du spoliateur ou de l’excommunié, de l’ogre et de la magicienne. Elles pourraient s’adapter aisément étant fées, à toutes les serrures de l’Inquisition, de la Chambre Noire, de la Cage de Fer ; aux serrures des placards de province où, de temps à autre, on découvre une momie de nouveau-né, derrière les confitures de cassis. Ce sont les clefs qui teintent à la ceinture de celles qui exterminent au nom d’un principe ; les clefs de cette chambre où chante la folle, où macère la repentie, où pourrit la séquestrée.

    De leur présence ou de leur absence naissent également l’inquiétude et la discorde. Une clef est toujours froide. Deux clefs  pareilles ne se ressemblent pas. Trois clefs font un trousseau. Un trousseau fait un geôlier, et tout ce qu’on renferme moisit, que ce soit des denrées ou des âmes. En vain, propitiatoire, Fernand Léger peint des trousseaux de clefs. Les clefs dédaignent cet hommage angoissé. Il leur faut détruire. Elles détruisent. Elles détruisent en s’envolant, en se posant ailleurs, en disparaissant des tiroirs et des poches. L’inquiétude à la forme d’une clef.

    Dans une maison heureuse retentit, tôt ou tard, un cri d’agonie. « Où sont les clefs ? » On veut fermer l’appartement pour partir en vacances. On veut ouvrir la malle quand on est arrivé. On veut rentrer chez soi après un voyage. « Où est la clef ? » Elle est dans le ventre de l’enfant qu’elle a envoûté, ou bien elle voyage seule pour son plaisir, ou bien elle s’est ménagé, sous vos yeux mêmes, une retraite inaccessible et s’amuse seule, délivrée des humains qu’elle exècre, à ouvrir les portes sans pêne du songe et du néant.

    Germaine BEAUMONT

    Extrait de : Si je devais…


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