Par Liviaaugustae
XIIIe siècle. Gisant réaliste.
(Mise au tombeau du Christ)
(Image wikipédia)
ANTIRACISME
On ne dit plus : « Un tel est mort », mais « Untel est décédé ». Le décédé est au mort ce que le « z’handicapé » est à l’infirme et le trisomique au mongolien.
On touche ici du doigt le secret de l’euphémisme : celui-ci n’est pas fait pour ménager les malheureux, mais pour ne point blesser la délicatesse des âmes sensibles du XXIe siècle, lesquelles risqueraient de s’assombrir devant la réalité sans voile des misères humaines.
Il est indifférent à un défunt que l’on dise qu’il est mort, trépassé, clamsé ou refroidi. Ce sont les survivants qui cachent l’idée de la mort sous des vocables honnêtes. Décès, disparition, c’est moins dur à avaler que le mot implacable et définitif de mort.
Même processus avec les « z’handicapés ». Le sourd sait bien qu’il est sourd et l’aveugle qu’il est aveugle. Que l’un soit « mal-entendant » et l’autre « non-voyant » ne change rien à leur condition.
Il n’est pas dit qu’un jour l’euphémisme ne s’appliquera pas à la littérature et à l’art qui sont ingénument racistes.
On récitera « le décès du loup », de Vigny, on ira au concert écouter le quatuor de Schubert : « La jeune fille et le décès », à l’opéra voir le ballet « le décès du cygne » de Tchaïkovski et au cinéma applaudir « La nuit des décédés-vivants ». Ce sera tellement plus gai.
Jean Dutourd
Extrait de : A la recherche du français perdu.
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog
