Par Liviaaugustae
Cet extrait d'une lettre de Paul Valéry, écrite au sortir de la Grande Guerre, en avril 1919, est hélas d'actualité, nous sentons bien que tout craque autour de nous, que notre monde balbutie et que le bateau tangue, et comme les civilisations sont mortelles, il ne faut jamais oublier que les abîmes peuvent un jour nous engloutir.
En ce début d'année nous voulons encore espérer que tout n'est pas complètement perdu à l'ère du mondialisme effréné dans lequel nous vivons.
Mais pour se faire, il faut que chacun y mette du sien afin de remettre les pendules !
Livia
« La force de la Cité n’est pas dans ses remparts ni dans ses vaisseaux, mais
dans le caractère de ses hommes »
Thucydide
Démolition de l'église Saint-Jean-En-Grève
Hubert Robert
(image wikipédia)
« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.
Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et leurs critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions à travers l’épaisseur de l’histoire, les fantômes d’immenses navires qui furent chargés de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, après tout, n’étaient pas nos naufrages.
Élam, Ninive, Babylone étaient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence même. Mais France, Angleterre, Russie… ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie. Les circonstances qui enverraient les œuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les œuvres de Ménandre ne sont plus du tout inconcevables : elles sont dans les journaux. »
Paul Valéry
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