L’automne
(Musée
du Louvre)
Jamais
gravé au XVIIIe siècle, jamais mentionné avant la fin du XIXe siècle, le tableau (dont on ne connaît aucun dessin préparatoire) n’a suscité que peu d’intérêt de la part de la critique, qui
cependant l’accepte presque unanimement comme un original autographe.
Son
très mauvais état de conservation provient certainement de la technique hâtive de Watteau, à moins qu’il ne s’agisse d’un tableau inachevé. Plusieurs historiens ont en effet avancé l’hypothèse
selon laquelle la toile du Louvre serait une première esquisse pour le cycle des « Saisons » commandé par Crozat, sans pourtant apporter de preuve définitive. Une datation aux
alentours de 1715-1716 paraît en tout cas fort probable.
La
fluidité de la mise en page s’appuie sur le jeu subtil des courbes et des contre-courbes, qui mettent en valeur la souplesse des poses. La nature morte de fruits en bas à droite constitue un
motif des plus rares dans la production de Watteau, tandis que l’on reconnaît bien sa manière dans les tonalités chaudes des carnations, la nervosité de la touche, la clarté de la gamme
chromatique.
L’iconographie
reste tout à fait traditionnelle, mais, contrairement à ce qui se passe dans « l’Allégorie de l’Eté » aucune allusion n’est faite au signe du zodiaque. Watteau semble d’ailleurs
s’attacher davantage à l’élégance des personnages, à la sensualité du nu à demi dévoilé, qu’à leur signification symbolique, tout en démontrant sa capacité à aborder avec une incontestable
aisance une thématique unissant la décoration à la peinture d’histoire.