LE
CERISIER, Berthe MORISOT (1891.
Cette
charmante œuvre, come saisie sur le vif dans la lumière du printemps, est en fait l’inverse de ce qu’elle paraît : une peinture méditée, conduite en de multiples études, après maints efforts
et changement de modèle. Elle est, de plus, menée en un temps de détresse, entre la maladie et la mort de son mari, ce que le spectateur ne peut imaginer en contemplant cette joyeuse
cueillette.
« Ce
qu’on ne voit pas au premier coup d’œil dans l’œuvre de B. MORISOT, c’est la force qui l’anime ; une force contenue, dirigée, canalisée vers l’expression aux prix d’un harassant effort que
son art dissimule. Le paradoxe de cette œuvre qui nous semble spontanée, enjouée, douce et harmonieuse, est qu’elle a été enfantée dans des circonstances douloureuses, avec un acharnement et un
désespoir, difficile à imaginer s’ils n’étaient attestés par tant de pages des carnets et des lettres d’une artiste toujours mécontente d’elle-même. »
Commencée
par un dessin aux crayons de couleur pris sur le vif, l’œuvre définitive est menée à bien sur les encouragements de Renoir, après maintes études de détails et d’ensemble : un pastel
concentre d’abord l’attention sur le motif de l’échelle dans les arbres, une ébauche à l’huile est réalisée dans le jardin, avant la réalisation de deux grandes versions, non plus menées en plein
air mais dans l’atmosphère close de l’atelier de la maison rue Weber. Un modèle professionnel a alors remplacé Julie, sa fille, dans ce double portrait posé avec sa nièce au premier plan, dont on
n’aperçoit pas le visage. Sanguine et aquarelle viennent compléter un long processus de mise en place que la spontanéité apparente de la version définitive ne peut laisser présumer. Cette
ambition presque décorative, dans une œuvre de grand format destinée au Salon du Champ-de-Mars, où Renoir lui suggéra d’exposer, manifeste une ambition assez unique dans l’ensemble de
l’œuvre.
La
qualité graphique orchestrée autour de l’échelle, ainsi que la souplesse de la touche, toujours vive mais plus longue, dessinant dans la couleur formes et silhouettes, reposent sur cette
multitudes d’études sans rien perdre de naturel.
C’est
peut-être l’unique exemple de son œuvre d’un travail préparé si complet, qui ne renie pourtant pas les qualités de l’impressionnisme. […]
Le cerisier (1891) par B. Morisot
(Collection
particulière)
Le cerisier (1891) par B. Morisot
(Musée
Marmottant Monet)
Note de
liviaaugustae : Quel tableau préférez-vous ? Celui de la collection particulière aux tons bleus ? Ou celui du Musée de Monet aux tons roses ?
Moi, je
n’ai pu choisir ! Je vous offre les deux…