LES PROVINCES DE COLETTE… (suite et fin).
CASTEL-NOVEL (1911-1923)
En 1912 Colette épouse H. de Jouvenel, devient la baronne de Jouvenel des Ursins. La nouvelle épousée attend bientôt un enfant. Colette de Jouvenel naît le 3 juillet 1913. Surnommée « Bel-Gazou » pour son gracieux babillage. Elle sera élevée dans le château familial. Loin de la guerre, par une sévère nurse anglaise.
Bel-Gazou enfant « ma fille est un lys, teint aux couleurs de l’aube »
La majesté altière de Castel-Novel, ce château « éphémère, fondu dans l’éloignement », ne suffit pas à faire de Colette une châtelaine. Avec la fermière voisine elle pressait le beurre entre deux feuilles de cardes et vendait à ses amis ses surplus de pommes.
La brouette bondée de légumes du jardinier…
Mais Colette a un lourd passé et affiche encore une liberté de propos et d‘action qui ne convient pas au rôle officiel d’épouse soumise et discrète que la fonction de son mari requiert. Par ailleurs ce dernier est un incorrigible séducteur.
En 1921, Colette confie à sa meilleure amie qu’elle n’est qu’un « chœur alterné d’allégresse et de lamentations ». Il est temps pour elle de changer de province !
LA TREILLE MUSCATE (1926-1938).
Le hasard lui fait rencontrer Maurice Goudeket en avril 1925. Parce qu’il était épris de littérature, calme, cultivé, Colette choisit pour nouveau compagnon « le gars Maurice », « chic type », « à la peau de satin ». Ils se marieront 10 ans plus tard. Colette a 60 ans, Maurice 46 ans. Dès leur rencontre en 1925, celui-ci l’attire vers la chaleur du Midi de la France et en 1926, après la vente de Rozven, elle achète près de Saint-Tropez une petite propriété de deux hectares, partagé entre la vigne, un bois de pin, un verger d’orangers et un jardin où trône une petite maison provençale fort modeste, baptisée aussitôt « Treille Muscate ». Colette y séjournera au moins trois mois par an jusqu’en 1938. « Je l’ai trouvée au bord d’une route que craignent les automobilistes, et derrière la plus banale des grilles – mais cette grille, les lauriers-roses l’étouffent, empressés à tendre au passant, entre les barreaux, des bouquets poudrés de poussière provençale, aussi blanche que la farine, plus fine que le pollen…
La Teille Muscate : petite maison basse, au bout de sa haie d’honneur de vieux mimosas.
Mais cette province lyrique tout en or rougeoyant et en bleu tour à tour « solide » ou « mental », Colette la possède déjà, en elle-même. (Elle renoue avec ses racines paternelles : son père était Toulonnais). Elle remodèle le jardin, afin d’obtenir « un jardin où l’on peut tout cueillir, tout manger, et «tout reprendre ».
« La tomate, attachée à des palis, brillera de mille pommes, dès juin empourprées, et voyez combien pommes d’amour, aubergines violettes et piments jaunes vont enrichir, groupés en un massif bombé à l’ancienne mode, mon enclos bourgeois »…
Les trois légumes inséparables et vernissés.
Le parfum de ses deux généreuses coupes de fruits oubliés sur la balustrade, appelle Colette pour apaiser ses soifs de l’après-midi…
La Treille Muscate est aussi le lieu de rendez-vous de l’amitié et de la convivialité.
« Un chemin tout bourdonnant de la chaleur de l’été ».
«des petites ailes de lumière battent sur les contrevents »…
Malheureusement, Colette se verra obligée de délaisser sa province Tropézienne en 1938, les curieux se faisant de plus en plus importuns.
LE PALAIS-ROYAL (1938-1954)
Pour garder une maison à la campagne, après la vente de la Treille Muscate, Colette et Maurice achète, en 1938, une maison de plaisance, « Le Parc » à Méré, « près d’une petite ville ancienne, pleine de charmes » Monfort-L’Amaury. Colette aura le plaisir de recevoir là son amie la princesse de Polignac.
Un couvert, est dressé avec harmonie par Colette : des assiettes bordées d’un filet bleu et or, posées sur une nappe entièrement bleue couronnée d’aubépine blanche fraîchement cueillie dans la forêt. La princesse devant une telle harmonie demanda qui avait décoré la table et, par modestie, Colette répondit « C’est Pauline ».
La table bleue dressée à Montffort-L’Amaury pour la princesse de Polignac.
Le Pommery dont Colette raffole coule à flots : le plateau attend sur la terrasse.
Mais la guerre survint et Colette et Maurice durent revendre la maison.
L’écrivain, désormais, ne connaîtra plus qu’une seule «province », le Palais-Royal.
LE PALAIS-ROYAL !
Le radeau de Colette encombré de ses objets familiers veillés par le fanal bleu : fleurs, broderie, livres et papiers en désordre gracieux…
Lampes de porcelaines de Saxe de Colette devant un portrait signé de Sacha Guitry.
Colette réservait à ses meilleurs amis le privilège de recevoir ces papiers désuets et charmants, quelle chinait avec passion dans toutes les vieilles papeteries.
Débauche de roses rouges pour la fabrication du fameux « vinaigre Rosat ».
« Je me souviens que ma mère préparait l’été, et tenait en réserve, pour le cas où ses enfants auraient ces engelures ouvertes qu’on appelle chez nous « crevasses », une bouteille de vinaigre de roses rouges infusés un mois durant dans du vinaigre fort, le tout clarifié au papier-filtre ».