Fresque (Détail)
(Rome
Antiquario Palatino 1er siècle avant J.C.)
Grâce
à ce fragment de fresque, nous avons une idée de la décoration murale des appartements privés d’Auguste dans la maison qu’il avait fait construire sur le Palatin.
La
scène figurait au cantre d’une frise, comme l’attestent les bandeaux à décor d’entrelacs. Le jeune homme représenté assis dans un fauteuil de marbre, tenant une cithare sur son genou gauche, se
reconnaît facilement comme étant Apollon, l’un des Dieux protecteurs d’Auguste. Il est nu, hormis le manteau pourpre qu’il porte enroulé autour des reins. Sa longue chevelure est ceinte d’une
couronne de lauriers. Il regarde la cithare qu’il tient de la main gauche comme s’il venait d’achever le chant et écoutait le dernier son expiré. Apollon avec sa fine et chaude carnation n’est
pas représenté, il est sublimé par l’aura que forme autour de lui le fond d’un bleu éclatant. Pourtant, le bleu n’est pas la couleur dominante de l’image, mais une échelle de teintes douces et
délicates : le gris du trône de marbre, les reflets irisés de la nacre sur les cordons de perles enroulées autour de l’omphalos (nombril du monde) placé sous le trône, l’étoffe dont la
couleur iridescente passe du rouge au violet ou au rose, et enfin le ton or bronze de la cithare ornée de rubans.
Le
Dieu de l’Empereur Auguste n’a plus rien à voir avec celui du jeune Octave, hors le nom. Il est vrai que le prince avait répandu une nouvelle image du Dieu avec le Temple d’Apollon, qui lui
avait dédié sur le Palatin, et tout près duquel il avait fait construire sa maison. Finie la guerre civile qui avait suivit l’assassinat de César, oubliée la vengeance d’Octave et de son Dieu
protecteur contre cet orgueilleux Marc Antoine, adepte de Dionysos, qu’il avait défait lors de la grande bataille d’Actium. Apollon apparaît désormais plus beau et plus doux ; il se veut,
comme le montre l’omphalos sous le trône, une puissance ordonnatrice et civilisatrice, garante de l’ère de paix instaurée par Auguste. Ainsi devait-il apparaître dans les appartements privés de
l’Empereur, ainsi que le visiteur devait le voir : paisible, plein de majesté classique et de noblesse. Le classicisme augustéen se matérialise dans cette peinture et dans la triade
statuaire en marbre du Temple d’Apollon Palatin.