Jeudi 13 mai 2021
Célébration de l'Ascension du Christ
Au fronton de la cathédrale d'Angoulême, une majestueuse composition romane évoque l'Ascension, mais aussi l'Apocalypse et le Retour du Christ.
Détail de la façade de la cathédrale d'Angoulême (Charente) sculptée entre 1125 et1128.
A la fin des évangiles de Marc et Luc, l'Ascension est rapportée brièvement, et plus longuement au premier chapitre des Actes des Apôtres. Au centre et en haut de la façade de la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême (début du XIIe siècle) apparaît le Christ, au visage sévère comme souvent dans l'art roman, qui marque la transcendance divine plus que l'humanité du Christ. Il monte au ciel, les bras ouverts, avec les stigmates des mains visibles.
La mandorle qui l'entoure signifie sa divinité. Le mot « mandorle » signifie en latin «amande» qui symbolise, dans l'art roman gothique, une apparition divine.
Car dans une amande, on voit d'abord la coquille, sans valeur, avant le fruit, caché et précieux. La nature divine du Christ s'est révélée une première fois à la Transfiguration, puis à sa Résurrection. Deux anges, au-dessus de lui, le recouvrent de nuages stylisés pour le soustraire aux regards des hommes. On croirait voir leur mouvement.
Cette représentation qui évoque aussi le Fils de l'homme de l'Apocalypse, rapproche l'Ascension de la dernière venue du Christ à la fin des temps, en un télescopage grandiose qui nous fait quitter le temps humain pour l'éternité, et nous rappelle que la vie éternelle est déjà commencée.
Il est entouré par les symboles des quatre évangélistes, l'aigle (jean), l'ange (Matthieu), le taureau (Luc) et le lion (Marc), tenant chacun un livre sauf l'aigle (il a probablement été brisé).
Sur la voussure de l'arc en plein cintre, des anges, tels une armée céleste, escortent le Christ en une garde d'honneur.
Sur les piédroits (les montants du tympan sur les côtés), les quatre grands prophètes Isaïe, Jérémie, Ezéchiel et Daniel font écho aux évangélistes pour l'Ancien Testament.
Marie-Gabrielle Leblanc
Les Bibles de pierre du Sud-Ouest.
Angoumois, Poitou, Aunis et Saintonge : ces provinces aujourd'hui réparties entre les départements de la Vienne, Charente et Charente Maritime, ont développé à l'époque romane tardive (XIIe siècle) un style spécifique. Le calcaire tendre avec lequel on y bâtissait les églises permettait de sculpter à profusion portails et façades. C'est pourquoi on les a surnommées Bibles de Pierre. Cette région, entre la douceur du Val de Loire et du Périgord, et la simplicité du Midi vers lequel elle bascule déjà, tempérée par la mer toute proche, est déjà bien loin de l'âpreté du roman auvergnat ou Limousin. Elle doit son foisonnement de sanctuaires romans à la proximité de la route parisienne de Compostelle.
Les portails du Sud-Ouest, dont celui d'Angoulême, présentent à la fois un grouillement de personnages par horreur du vide, mais aussi un ordonnancement symétrique que l'on trouve assez rarement dans l'art roman, excepté en Provence, plus proche de l'Antiquité romaine. Cette symétrie ne se trouve guère dans les églises romanes plus célèbres de Bourgogne, Auvergne ou Languedoc.