Le débarcadère Beauséjour, c'est là que l'on embarque et débarque à la Désirade...
Dans mes jeunes années, nous allions parfois dans l'île de La Désirade, passer quelques jours dans la petite maison d'une de mes tantes.
A cette époque, c'était une véritable « épopée », car la traversée se faisait en barge avec les provisions et les animaux que l'on convoyait dans l'île, elle durait de deux à trois heures selon la mer, il fallait avoir le pied marin et une grande envie d'y aller, mais nous savions qu'une fois là-bas, ce serait le paradis !
La maison de ma tante, n'était en fait qu'une grande case, elle comportait une grande salle qui servait de salon, de salle à manger avec coin cuisine, de chaque côté 3 chambres et un cabinet de toilette, toutes les pièces étaient d'une simplicité monacale, la maison était sise sur le haut d'un « morne » (colline) surplombant la mer, si le paysage environnant était fort agréable, la maison était très simple ne possédant pas de commodités, il fallait comme les anciens, se munir de brocs et de seaux en tout genres... et la citerne nous offrait l'eau de pluie qu'elle amassait tout au long de l'année, nous pouvions cependant prendre des « douches » grâce à un astucieux système de tuyau, (installé par papa bricoleur dans l'âme), que l'on branchait sur le robinet, l'on pouvait alors se rincer pour enlever le sel accumulé durant nos baignades à la mer, cela rafraîchissait aussi des longs moments passé au soleil... (il n'était pas question bien entendu de shampoing ou de savonnage, juste un filet d'eau fraîche) malgré ces désagréments, nous y avons passé de merveilleux petits séjours en famille à la bonne franquette. Cette maison restait fermée la plupart du temps, car ma tante y allait rarement, seulement avec nous pour quelques jours durant les longs week-end de Pâques ou de Pentecôte (à l'époque c'était des jours vraiment fériés).
C'était un long week-end de Pentecôte, le temps était merveilleux, le ciel d'un bleu profond se reflétait dans la mer, cette dernière habillée aussi d'une robe bleu cobalt, roulait ses vagues que le soleil irisait de mille éclats argentés sur lesquels de grands oiseaux de mer se laissait bercer par la douce houle.
Quand nous arrivâmes à la maison (elle est située tout au bout de l'île), emmenés en charrette tirée par deux bœufs étiques appartenant à un Monsieur que connaissait ma tante, il était midi passé et nous avions faim, mais la première chose que nous fîmes, fut d'ouvrir toutes les portes et fenêtres, afin de créer un courant d'air pour aérer la maison qui sentait un peu le moisi, puis nous décidâmes de manger les sandwichs amenés pour ce premier repas, que nous avons mastiquer en silence... car un pesant silence régnait sur la campagne environnante, que seul quelques bêlements de cabris coupaient par intermittence, on se sentait loin du monde et de ses bruits, prêts à renaître !
Il fallut quand même ranger, les quelques hardes que nous avions apportées, une garde-robe réduite à sa plus simple expression, dont maillots et serviettes de bain formaient les plus grosses pièces.
Mais brusquement, sans crier gare, un scorpions, puis deux, puis trois, menaçants la queue en l'air, sortirent de dessous le vieux linoléum, et quand papa souleva ce dernier, nous avons eut un coup de mou au moral, des centaines de scorpions de toutes tailles avaient éluent domicile et s'entassaient là, dans chaque coin de chaque pièce !
La Désirade est connue, comme toutes les îles de la Guadeloupe d'ailleurs, pour son climat extrêmement sec, c'est ce que préfèrent les scolopendres et autres mille pattes et scorpions, bien qu'ils ne soient pas venimeux aux Antilles, leurs morsures génèrent des inflammations purulentes et douloureuses, il vaut mieux donc les éviter.
Scorpions...
Nous avons attrapé le taureau par les cornes (si j'ose dire), et avons tous en chœur danser dans tous les sens et dans chaque pièce, une gigue effrénée, (quelqu'un qui serait passé par là aurait penser que nous étions pris de boisson ou encore complètement toqués), passant et repassant sur nos pas, pour réduire en purée ces squatters. Cependant on avait toujours un peu peur d'en avoir oublié et chacun, soulevait le lino, pour en être tout à fait sûr, ce premier contact, fut un peu rude et chacun regrettait sans l'avouer, d'avoir entrepris la traversée jusqu'à cette île paumée (c'était le cas à l'époque). Mais finalement, les scorpions avaient compris que nous leur avions repris ce qui nous appartenait et qu'ils étaient indésirables ils sont donc restés loin de la maison...
Nous avons pris de délicieux bains de mer sur cette grande plage...
Les quelques jours suivant passèrent tranquillement, coupés de baignades, émaillés et tissés de rires et de joies sous le soleil qui ne nous a jamais quitté, nous faisions cuire des langoustes toutes fraîches pêchées le matin sur un feu de bois derrière la maison et mangé des courts-bouillon de poisson accompagné de riz créole ainsi que des colombos de cabris et avons engloutis des pastèques qui poussaient là... il y avait un vieux gramophone à manivelle « la voix de son maître » et des microsillons, le soir nous nous les passions et on devait se précipité pour tourner la manivelle quand le ressort donnait des signes de lassitude, nous avons même danser un soir et un iguane s'invita à la fête, il resta là immobile, un long moment à nous observer, puis tranquillement passa son chemin... (Bien que les iguanes soient très laids et ont un air féroce, ils sont tout à fait paisibles et prennent la fuite au premier mouvement).
L'iguane au poste d'observation
Le temps bon enfant est resté au beau fixe jusqu'au jour du départ, mais ce matin-là, le ciel était couvert de gros nuages gris anthracite qui avaient dévoré le soleil et la traversée en barge pour le retour, fut très mouvementé, la mer était agitée et des paquets de mer s'invitaient à bord, nous étions trempés et secoués
Mais nous sommes quand même arrivés saints et saufs à Saint-François sur le « continent » comme disent les Désiradiens, avec un certain soulagement, je dois l'avouer !
(images wikipédia)
Malheureusement en ce moment toutes nos côtes sont envahies par des Sargasses, comme vous pouvez le voir ci-dessous à la Désirade :
(image du blog Le Scrutateur)
Liviaaugustae