La salle de théologie du monastère de Strahov, peint à fresque dans le style baroque-rococo
Nous sommes dans la salle de théologie de la bibliothèque du monastère pragois de Strahov, et nous levons les yeux vers sa voûte, peinte à fresque dans le style baroque-rococo, de 1721 à 1727, par le religieux prémontré tchèque Siard Nosecky. Sa représentation des vierges folles, est un des compartiments de ce plafond.
Saint Matthieu relate la parabole des vierges sages et des vierges folles racontée par Jésus. Les cinque vierges prudentes, qui avaient de l'huile dans leurs lampes,Sont entres dans la salle des noces. Les cinq autres, imprévoyantes, qui n'avaient pas assez d'huile, arrivent alors que la porte est fermée. Elles restent dans les ténèbres extérieures pour l'éternité, n'ayant pas assez pratiqué les vertus chrétiennes et les sacrements. La lampe que tient l'une des jeunes filles est presque éteinte par manque d'huile et éclaire à peine la nuit, par contraste avec la chaude lumière de la salle du nabquet qui filtre par la petite lucarne.
«Nescio vos » « Je ne vous connais pas » leur dit le maître de maison – un jeune homme – par le guichet ouvert. « Qui ognoat ignorabitur » « Celui qui ignore sera ignoré », précise la banderole dans le ciel. La leçon ici – nous sommes dans une bibliothèque – est que le savoir théologique et la sagesse sont acquis certes par l'étude, mais d'abord par la piété et la fidélité aux sacrements. L'huile des lampes représente la pratique régulière de la confession et de la communion, qui permet d'éclairer le chemin de nos vies, au lieu d'être plongés dans les ténèbres du péché qui conduit au malheur.
Deslégories se succèdent sur la voûte de la salle de théologie, tirées du livre des Proverbes et du livre de la Sagesse. Loin d'être démoralisantes, elles sont une invitaion à la conversion puisque la biblioyhèque est fréquentée par des gens – étudiants et moines – appelés à se convertir et à progresser. « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure » (Mt 25, 13)
Les auteurs du Moyen Âge expliquent que les vierges sages sont au nombre de cinq parce qu'elles symbolisent les cinq formes de la contemplation intérieure, en quelque sorte les cinq sens de l'âme. Elles sont l'image parfaite de l'âme retournée vers Dieu. L'huile qui brûle est la vertu suprême, la charité. Quand aux vierges folles, elles représentent les cinq formes de la concupiscence charnelle, de la satisfaction gloutonne et désordonnée des cinq sens.
L'époux, dans ces noces, est le Christ. La longue attente dans la nuit est celle des générations qui ont attendu la venue du Messie. Leur endormissement symbolise toutes ces générations endormies dans la mort depuis des millénaires. La clameur nocturne est la tompette des anges annonçant le Jugement dernier. Leur réveil est la résurrection des morts. La parabole des vierges folles et sages est souvent associée à l'iconographie du Jugement dernier dans la sculpture gothique au XIIIe siècle. Les unes à droites, les autres à gauche du Christ, à Notre-Dame de Paris, aux cathédrales d'Amiens, de Bourges, Reins, Sens, Auxerre, Laon.
On les voit aussi en peintures murales des églises orthodoxes, entre autres dans les églises en bois du Maramures, au nord de la Roumanie.
Marie-Gabrielle Leblanc