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Billet

 
 
 
 
 
 
 
NOTATION : COTE D’ALERTE !
 
Triple A, Top 10…, Désormais tout passe à la moulinette des classements :
PAYS
UNIVERSITES
STARS.
D’où vient ce raz de marée des notes ?
Doit-on lui donner une limite ?
 
Le vendredi 13 mars 2012, tous les directeurs du Trésor des pays de l’Union Européenne sont réunis dans la salle Charlemagne de la Commission européenne, à Bruxelles, pour entendre le verdict de l’agence de notation Standard & Poor’s gratifiant chacun d’entre eux d’une notation.
Visages décomposés des directeurs portugais, espagnols et italiens rétrogradés de deux crans. Mine blafarde de Ramon Fernandez, directeur du Trésor français, lorsqu’il apprend que Paris perd un A de son fameux AAA.
Regards apaisés des allemands, des luxembourgeois ou des estoniens, qui eux avaient été considérés comme de bons élèves… Ambiance.
Tout aujourd’hui, passe par le prisme de la notation : les régimes alimentaires, les ventes des livres, le taux d’écoute des chansons, les entreprises du Cac 40, les hôpitaux, les universités, les voitures…
Même les tenues des stars  sur le « red carpet » sont évaluées.
 
LE « CLASSEMENT DE SHANGAI »
« Si je vous demande quelle est la meilleure voiture au monde, vous allez me répondre : « Cela dépend ». Si c’est pour faire un déménagement, ce sera une Kangoo ou un Espace. Si c’est pour traverser l’Europe à toute allure, ce sera plutôt une Porsche », raconte, comme si c’était une petite fable, Alain Beretz, président de l’université de Strasbourg. Et il poursuit : « Ce que l’on comprend très bien avec l’exemple simpliste de la voiture, on ne le comprend plus dès qu’il s’agit de l’enseignement.
Ainsi, en 2003, l’université de Jiao Tong de Shanghai a créé  un outil, une sorte de palmarès des meilleures universités mondiales pour permettre aux étudiants chinois qui venaient étudier  en Europe ou aux Etats-Unis de se faire une idée du niveau des établissements proposés. Au fil des années, ce guide de voyage, dénommé « Classement de Shanghai », est devenu la référence absolue.
 
L’OBSSESION DE GAGNER DES PLACES.
 
Car dans la jungle de la mondialisation, classer a un mérite : celui de simplifier le paysage. « C’est utile, en effet, mais on ne peut réduire notre politique à une obsession de gagner des places dans le classement de Shanghai », commente Laurent Wauquiez, ministre de l’Enseignement supérieure de la Recherche. « On ne peut pas mettre les universités dans des cases, déplore Alain Beretz. Elles doivent demeurer un lieu inattendu, un lieu de découverte, de créativité »
D’autant que cette classification est parfois artificielle, voire absurde.
Le lundi 3 octobre 2011, un des professeurs de l’université de Strasbourg, Jules Hoffmann, directeur émérite au CNRS, obtenait le prix Nobel de médecine. A la suite de quoi, ce même lundi, et seulement dix minutes après l’annonce, l’université passait de la centième place à la quatre-vingtième  dans ce fameux classement.
 
UN REMEDE POUR L’ESPRIT.
 
Même Limonov, héros du dernier livre d’Emmanuel Carrère, poète déjanté, attribuait des notes à ses conquêtes amoureuses. […] Il y a eu beaucoup de D dans sa vie… […]
 
 
 
 
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Alors d’où vient cette manie ?
 
« Le besoin de compter, d’ordonner, est vieux comme l’humanité, explique Isabelle Sorente, qui vient de publier « Addiction générale »…
 
Pour Platon, le calcul est un « pharmakon », un remède pour l’esprit offert par les Dieux.
 
Aujourd’hui, tout se passe comme si l’accélération du rythme de vie et des technologies nous poussait à abuser de ce remède.
 
Calculer nous permet d’oublier notre intolérance au hasard et à l’incertitude…
 
 
 
« WE ARE PEOPLE NOT NUMBERS ».
 
 
 
En plus d’ordonner le monde, on veut également avoir le sentiment de maîtriser son destin. « Aux Etats-Unis, tout doit se mesurer, explique Nicole Bacharan. C’est un monde de notation où chacun se donne les meilleures chances de réussir, dans le choix d’une école, d’un hôpital… Cette manière de penser s’est globalisée, car elle est un moyen commode d’avoir prise sur le réel. Par un mauvais tour du destin, la catastrophe du 11 Septembre a montré aux américains que précisément le réel pouvait échapper à la rationalité »
 
La colère des espagnols en mai dernier, celle des grecs hostiles aux plans de rigueur drastiques imposés par Bruxelles montrent notamment qu’une partie grandissante de la société ne tolère plus qu’un individu se réduise à sa productivité, à ses performances ou à sa capacité d’épargner. […]
 
« Si ces revendications nous touchent, c’est que nous sommes, à différents niveaux,  emportés par une logique de rendement permanent dont les crises environnementales et financières ont montrés les limites…
 

 

 

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SE LIBERER DU REGARD EXTERIEUR.

 

Dans son discours aux lauréats de Stanford en 2005, Steve Jobs recommandait de faire ce qu’on aime, avec passion, sans se laisser distraire par les regards extérieurs.

 « Or le regard extérieur prend précisément la forme d’une notation, d’une obligation de rapidité et de résultats » […]

« L’exemple d’un Steve Jobs, typique du rêve américain, rappelle la valeur inclassable de l’individu et la nécessité d’accepter que tout ne soit pas prévisible ».

Isabelle GIRARD

Extrait de : Figaro Madame

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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