Samedi 1er juin 2024
Juin arrive avec un soleil timide, un ciel bleu pâle où courent des écharpes de nuages plus ou moins gris...
Nous allons nous délecter avec Auguste Lacaussade, de lumière, de chants d'oiseaux, de roses et de papillons, en attendant que le soleil revienne pour de vrai comme disent les petits enfants !
Chante rossignol, chante…
(image pixabay)
Eugène, puisque Juin, le plus feuillu des mois,
Est de retour, veux-tu tous deux aller au bois?
Ensemble et seuls, veux-tu, sous l’épaisse ramure,
Prendre un long bain de calme, et d’ombre, et de verdure?
Viens-t-en sous la forêt de Meudon ou d’Auteuil
Ouïr gaîment siffler le merle et le bouvreuil.
Vois, ami, le beau ciel! la belle matinée!
Tout nous promet sur l’herbe une bonne journée.
Qui te retient? Partons, amis au cœur joyeux,
Allons vivre! fermons nos livres ennuyeux!
Oublions nos travaux, nos soucis, notre prose!
Sur sa tige allons voir s’épanouir la rose!
Dans la mousse odorante où croît le serpolet,
Quel bonheur d’égrener des fraises dans du lait,
Et, d’un tabac ambré fumant des cigarettes,
Assis sur le gazon jonché de pâquerettes,
De discourir de tout, de demain, d’aujourd’hui,
Et du passé d’hier, bel âge évanoui,[…]
Alors remplacera nos vives causeries;
Et des dômes ombreux qu’attiédit le soleil,
Descendra sur nos fronts un transparent sommeil,
Sommeil fait de lumière et de vague pensée;
Et, comme une onde errante et d’un doux vent bercée,
Abandonnant notre âme à ses songes flottants,
Les yeux à demi clos nous rêverons longtemps…
Puis, renouant le fil des longues confidences,
Nous dirons nos travaux, nos vœux, nos espérances;
Et, tels que dans l’églogue aux couplets alternés,
Deux pasteurs devisant sur leurs vers nouveau-nés,
Nous nous réciterons, toi ta chère Vendée,
Beau livre où ton esprit couve une grande idée;
Moi, mes chants sur mon île aux palmiers toujours verts,
Éclose au sein des eaux comme une fleur des mers.
Et tu verras passer dans ces vers sans culture
Un monde jeune et fort, une vierge nature,
Des savanes, des monts pleins de mâles beautés,
Et, creusés dans leurs flancs, ces vallons veloutés
Où, près des froids torrents bordés de mousse fraîche,
Mûrissent pour l’oiseau le jam-rose et la pêche;
Un soleil merveilleux, un ciel profond et clair,
Des bengalis, des fleurs, joie et parfums de l’air,
Tout un Éden baigné de splendeur et d’arôme
Où tout est poétique et grand, excepté l’homme!
Mais, vois! le ciel serein! la belle matinée!
Tout nous promet sur l’herbe une bonne journée.
Viens-t’en! fuyons la ville! Amis au cœur joyeux,
Allons vivre! fermons nos livres ennuyeux!
Ensemble et seuls, allons sous l’épaisse ramure
Prendre un long bain d’oubli, de calme et de verdure.
Auguste Lacaussade,