Vendredi 15 avril 2022
Chemin de croix du Vendredi Saint à Callac (Morbihan).
Pour accompagner ce chemin de croix, clic sur le lien ci-dessous pour écouter la Passion selon saint Jean de J.S. Bach :
https://www.youtube.com/watch?v=s0NZJhVuQwY
Au cœur du Morbihan, le sanctuaire de Callac représente la Passion par des statues à taille humaine, sculptées dans le granit. Symbole de la ferveur bretonne.
La Bretagne est spirituelle. Tout dans la nature et les paysages renvoie à l’âme, à ses clartés comme à ses noirceurs. En ce vendredi soir, il fait sombre dans le vallon de Callac. La forêt est si épaisse qu’elle en accentue l’obscurité nocturne. Nous sommes au plus profond des landes de Lanvaux, au nord de Vannes. Au milieu des ajoncs épineux, des pins et des chênes, coule la Claie. En écoutant la rivière et les cris des canards à travers le feuillage, il est facile d’imaginer le chef chouan François Michel la traverser non loin d’ici à la nage, pour échapper aux Bleus. C’était il y a deux siècles, alors que Napoléon Bonaparte traquait les irréductibles qui n’avaient pas capitulé.
Soudain, des ombres surgissent dans la forêt. Les chouans seraient-ils de retour, ou seraient-ce des Korrigans, ces lutins des bois bretons ? Deux scouts et deux guides s’avancent, des torches à la main. Derrière eux, le curé de la cathédrale Saint-Pierre de Vannes, précède un groupe de fidèles. Une cinquantaine de personnes avance silencieusement sur un sentier à flanc de colline. « Nous marchons dans tes pas, Seigneur », annonce le prêtre au micro.
Éclairées par les torches, des statues en granit à taille humaine sortent de la pénombre.
Jésus devant Pilate
Le Christ devant Ponce Pilate, un garde à ses côtés. « Prions pour les chrétiens persécutés », commente le Prêtre. Les stations de la Passion se succèdent. Arrive le sommet de la colline, où l’ardoise affleure. Le ciel étoilé devient visible.
Les trois croix
Jésus au milieu des deux larrons
Se détache un rocher, sur lequel trônent trois imposantes croix. Le Golgotha. Les pèlerins se recueillent un long moment. Ils redescendent par l’autre versant, et trouvent Jésus, rendu à sa mère.
Unique en France, le chemin de croix de Callac est le fruit de l’audace d’un homme, et de la foi de ses ouailles. En 1947, l’abbé Ernest Binard, nouveau curé de la petite paroisse de Callac, située sur la commune de Plumelec, se promène sur les bords de la rivière. Contemplant une ancienne carrière d’ardoises recouverte par la nature, il a l’idée d’y installer une grotte, en l’honneur de la Vierge Marie. Les quelque quatre cents paroissiens s’enthousiasment. Ils déblaient la grotte pour y abriter une statue de Notre-Dame de Lourdes. « C’est mon grand-père Aristide qui a creusé la niche pour mettre la Sainte Vierge, d’un coup de burin ! », raconte avec fierté Édouard Étienne, éleveur tenant la ferme accolée au sanctuaire, dont il est le responsable associatif.
La chapelle
Pour couronner le tout, l’abbé Binard fait démonter une chapelle en ruine du village de Guéhenno, plus au nord, pour la rebâtir sur place et la consacrer à saint Joseph. Enfin achevé, le chemin de croix est inauguré par l’évêque de Vannes, le 29 juin 1958.
En quittant le vallon de Callac, on croise des passants qui commencent leur ascension de la colline. Promeneurs, pèlerins ? Dieu seul le sait. Un autre chemin de croix se joue.
Malgré la beauté du site et des statues grandeur nature qui jalonnent la montée, ce n'est pas facile d'arriver là-haut, il faut s'accrocher, car... il ne faut pas oublier que c'est un chemin de croix !
Si un jour vous y aller armez-vous de courage dans la montée, car arrivé là-haut vous serez largement récompensés, c'est magnifique !
Livia