Jeudi 8 juillet 2021
Jean de La Fontaine est né le 8 juillet 1621, à Château-Thierry, voilà 400 ans.
Aujourd'hui nous fêtons la naissance de notre grand fabuliste.
J'ai une grande admiration pour les œuvres de Monsieur de La Fontaine et 326 ans près sa mort (en 1695), ses fables n'ont pas pris une ride et colle à notre actualité !
Je vous offre un article lu dans une de mes revues, qui vous parlera de lui beaucoup mieux que je ne le ferai.
Livia
« Je me sers d’animaux pour instruire les hommes »
La Fontaine
Portrait de Jean de La Fontaine (1690)
Par Hyacinthe Rigaud
On célèbre cette année le 400e anniversaire de la naissance de notre fabuliste. L'occasion de célébrer une fois encore une œuvre qui procède au mariage de la poésie et de la sagesse et qui reste le meilleur bréviaire dans l'art délicat d'être un homme.
Quelle est donc la langue que parlent entre elles les créatures célestes, dieux, anges ou quelque nom que l’on donne aux êtres dont, dit-on, le firmament est peuplé ? Pour chaque enfant, l’affaire est entendue : il ne saurait s’agir que de sa langue maternelle, puisqu’elle est pour lui la source primitive, celle dont tout découle. Plus tard, en grandissant, on abandonne cette chimère et si quelques-uns s’obstinent à croire que Dieu est si vieux qu’il faut qu’on lui parle en latin, l’universel nous contraint à abandonner cette belle idée d’un particularisme linguistique céleste.
Pourtant, s’il faut bien que les dieux parlent, ils doivent user d’une langue : une langue non encore corrompue par nos usages trompeurs et la folie des hommes, fraîche comme l’aurore, claire comme « l’onde […] transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ». Cette langue inconnue et pourtant évidente comme la lumière de printemps, c’est La Fontaine qui nous la restitue en ses fables. Celles-ci, nous dit-il, nous viennent d’un âge primitif, hors de l’histoire, « du temps où les bêtes parlaient ». Et en ce temps où les bêtes parlaient, quelle langue parlaient-elles ? La réponse est limpide : « Le loup en langues des Dieux / Parle au chien en mes ouvrages. » Et ailleurs : « C’est ainsi que ma Muse, aux bords d’une onde pure, / Traduisait en langue des Dieux / Tout ce que disent sous les cieux / Tant d’êtres empruntant la voix de la nature. »
Cette langue des dieux ne désigne pas seulement l’art poétique ou la versification, comme le voudrait Jean-Pierre Collinet, annotateur de la belle édition des Fables en Pléiade, illustrée de dessins de Grandville, qui marque le 400e anniversaire de la naissance du fabuliste. C’est véritablement « la voix de la nature » que veut nous faire entendre ce grand réaliste qu’est La Fontaine : c’est-à-dire la sagesse fondamentale, immuable, éternelle, qui découle de la nature même des choses. La morale des fables, ce n’est pas la morale bourgeoise, économe et prudente, à quoi l’Éducation nationale a parfois voulu la réduire : c’est véritablement la grande leçon de la Création, le secret de conduite pour mener une vie bonne, que Dieu a inscrit pour nous dans le monde qui nous entoure. « Car tout parle dans l’univers ; / Il n’est rien qui n’ait son langage » : il n’est que d’écouter – mais c’est ce que les hommes, « qui souhaitent toujours, et perdent en chimères / Le temps qu’ils feraient mieux de mettre à leurs affaires », rechignent le plus à faire ; et l’homme contemporain plus que tout autre : c’est pour cela que plus que jamais la langue des dieux que nous convoie La Fontaine nous est indispensable.
Le prodige est que cette sagesse primordiale, essentielle, nous parvienne sous la forme de « cinq ou six contes d’enfant » et par le truchement d’un homme si peu arrogant, si peu fier de son art, que déjà de son vivant on ne le désignait que comme “le Bonhomme La Fontaine” : « La Fontaine n’est pas seulement le classique par excellence, écrit Pierre Boutang, c’est une connaissance, un voisin , de chacun de nous, de notre espèce, et des autres, qu’il nous fait rejoindre, toujours là, souriant, au seuil de sa maison ; nous entrons, et c’est le jardin qu’enfant nous connaissions ; nous le reconnaissons ; il nous en fait les honneurs, gentiment. »
Laurent Dandrieu