Par Liviaaugustae
FEU, LE FROID VIENT…
Feu, le froid vient, c’est vous qu’il faut louer devant que l’on vous tue. Feu que Prométhée déroba pour consterner les architectes, car les cheminées les embêtent, sauf quand se sont des ornements. C’est alors qu’on les voie transformées en aquariums et remplies de poissons rouges, les voilà bien les poissons de la mélancolie, ou bien garnies de fougères dont omit de parler Guillaume Apollinaire. Feu banni, feu succulent, feu hilare des vielles géhennes où les damnés ont toujours si bon air, et, bien étendus sur leurs braises, font penser à des breakfasts complets, dans des châteaux de la campagne anglaise. Feu de joie et de Saint-Jean, plaisir dispensé sans compter, cascade et flore, feu pour que la légende en hennin file son rouet et que le grillon chante et s’enroue. Feu de Trilby. Feu qui danse, rit et joue, et saccage. Feu coiffé comme un prophète quand il voit Dieu, avec tous ses cheveux droits sur sa tête. Feu, nourriture d’Isaïe et dans lequel, errant de rubis pourpre en rubis balais, la salamandre joue avec les sorcières, au furet. Feu de tous ces terribles petits sabbats domestiques où, toujours, quelqu’un secrètement maudit quelqu’un, et, faignant de griller du pain ou des châtaignes, se demande, à supposé qu’il fut jamais rôti, le bruit que peut faire en éclatant le cœur de son ennemi. Feu plus particulièrement d’enfer de Torquemada, qui voyait toujours entre le ciel et lui la sapide agonie de la chair. Feu des cuisinières à la mesure des recettes et dont on dit que c’est un feu doux, un petit feu ; et joli feu bourgeois qu’on ne prend qu’avec des pincettes comme une mauvaise réputation, et qu’on limite par des chenets qui ont des têtes. Feu vers quoi le mal de vivre tant ses fragiles, ses intelligentes, ses tristes mains. Feu du philosophe où les bûches sont des systèmes attaqués par leur sève, et les spéculations des cendres, et les conclusions des fumées et des rêves. Feu des amants qui n’en voient jamais que d’incertains reflets dans leurs prunelles. Feu qu’il faudra bientôt chercher loin des immeubles, au sein des forêts primitives, quand la civilisation l’aura définitivement proscrit. Car le feu parle de longs loisirs, de poésie, d’espaces indéterminés, de la beauté des choses vaines et sans profits, d’héroïsme, de cimes et d’abîmes, de vrai luxe enfin ; et tout çà c’est fini.
Germaine BEAUMONT
Extrait de : Si je devais
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