Dimanche 24 mars 2024
Les Rameaux
Je vous offre aujourd'hui, l'entrée de Jésus à Jérusalem le jour des rameaux...
Ce jour de fête et de gloire est narré par le petit ânon sur lequel Jésus était assis, nous allons cheminer tout au long de la Semaine Sainte en sa compagnie, et c'est lui, l'âne, qui nous contera cette horrible semaine de la Passion de Jésus.
Extraits du livre d'Elisabeth de Lambilly, un livre, ravissant, plein de délicate poésie et de profondeur dont je vous ai déjà parlé..
Ce dimanche, Notre-Seigneur est accueilli à Jérusalem sous les acclamations de la foule.
Dans quelques jours, cette même foule va le huer, l'insulter et obtenir sa crucifixion après bien des heures de torture.
Comme cette foule a vite changé de camp en si peu de temps !
Mais c'est le propre des foules d'être aveugles et changeantes après manipulations !
Livia
Les Rameaux
Félix Louis Leullie
L 'Entré triomphale de Jésus à Jérusalem sur le petit âne ...
« Dieu a dû se tromper. De tous les animaux de sa création, il semble que je sois le moins abouti. J'ai de bien longues oreilles et des pattes trop fines pour mon ventre rond. Mon poils est rêche, terne et d'une couleur qui n'en est pas une. Avec ma grosse tête et ma courte queue terminée par un toupet de crin rebelle, je manque certainement d'élégance. Et si le destrier est mon proche parent, je n'ai de lui que les sabots et un vague air de famille. Il est l'apanage des rois et des guerriers, l'attribut du vainqueur et du conquérant. Je ne suis que la monture des humbles et des petites gens, une bête de somme qui endosse sans broncher à la fois la fatigue et les fardeaux.
Mon seul nom est à la fois synonyme de sottises et d'ignorance, et des élèves dissipés se sont vues envoyées au coin, affublées d'un bonnet sensé me représenter.... »
(Cependant, c'est lui que Jésus choisit comme monture, lui ce petit âne gris, pour tous les événements de sa vie sur terre, et c'est ainsi qu'il Le réchauffa dans la chèche, c'est sur son dos qu'Il partit en Egypte avec ses parents pour fuir la colère d'Hérode, et c'est pour cela aussi que l'ânon participa à son triomphe le jours des rameaux – Livia )
[…] Dans la bousculade, je sentis qu'on me posait à la hâte plusieurs vêtements sur mes épaules, tandis qu'à mes pattes, devant moi, on jetait des brassées de feuillages... J'ai d'abord compris qu'il grimpait sur mon dos... Mon cavalier posa une main sur le haut de mon crâne, juste entre mes oreilles, et ses doigts descendirent doucement, caressant mon chanfrein. Je perçus d'emblée son odeur. Une senteur solide, légèrement poivrée. Fine et sèche comme celle des copeaux de bois. Alors, une étrange sensation m'envahit. Je fus inondé d'une tiédeur sereine et, dans le même temps, animé d'une énergie débordante. Je me remit à avancer sans même qu'il me l'eût ordonné. Sur notre passage, des gens agitaient de grandes branches de palmier. Au sol, les manteaux que l'on déposait faisaient office de tapis et les gerbes de fleurs juste coupées répandaient des effluves suaves et fraîches.
C'est alors que j'entendis la clameur de la foule. Tous criaient d'une même voix : « Hosanna ! Hosanna ! Bénit soit le Roi !». Mon sang ne fit qu'un tour. Je manquais de trébucher. Le...quoi ? « Bénit soit le roi d'Israël ! » Le Roi ! Moi un ânon tout juste sorti des pattes de sa mère, une bête que personne n'avait jamais montée jusqu'à présent, j'avais un roi sur le dos […]
[…] Les deux hommes qui étaient venus me chercher, ainsi que quelques autres encore qui nous avaient rejoints puis suivis tout le long du chemin, semblaient grisés par les cris et les ovations. Les yeux brillants d'enthousiasme, il lui disaient :
Jésus, regarde comme ils t'acclament !
Tous se sont retrouvé ici pour t'accueillir ! Ils ont entendu parler de tes miracles!
J'étais heureux, moi aussi. Le soleil n'avait pas atteint son zénith que j'avais quitté une existence simple et anonyme pour servir un monarque qui s'appelait Jésus. Je m'imaginais déjà vivre à ses côtés, dans un palais sûrement et me régaler d'avoine fraîche pour le restant de mes jours.
Hélas, je me trompais. Je n'étais pas le seul. Aveuglés par nos rêves de gloire, nous n'avions rien compris.
Ce Rabbi n'était pas un roi comme les autres. [...]
(Extraits de « Moi l'âne de Jérusalem » d'Elisabeth de Lambilly)