Le Baptême de Constantin, fresque de Gianfrancesco Penni,
(1488-1496-1528)
Le 13 juin 313, à Milan, a lieu un épisode décisif de cette grande dramaturgie qui vit s’affronter le monde païen finissant et la foi chrétienne jeune et vivace.
A l’époque l’Empire romain, gigantesque, prenait les proportions de presque tout l’univers.
Par un édit resté célèbre, Constantin, empereur d’Occident, avec l’accord de son collègue Licinius, empereur d’Orient, accorde la liberté de culte à tous les citoyens de l’Empire. Le texte concerne tout spécialement les chrétiens, mettant un terme à la grande persécution dioclétienne (303-313) qui les avait tant éprouvés. La paix est alors donnée à l’Eglise, selon la formule consacrée, en une décision qui devait être célébrée comme providentielle par les panégyristes de la chrétienté, d’Eusèbe de Césarée à Bossuet, ou comme regrettable par un détracteur acharné comme Voltaire.
La science historique, cependant, a quelque peu nuancé la portée de l’édit. Ce n’est que le décret d’application (mandatum), envoyé aux gouverneurs de province, d’un édit antérieur, celui de Sardique (311), promulgué par l’empereur Galère mais mal appliqué en raison des conflits qui avaient agité l’Empire. Il n’en exprime pas moins une résolution conjointe et ferme de la part des deux empereurs de mettre un terme aux persécutions. De fait, jamais plus le pouvoir romain ne s’en prendra aux chrétiens.
Mais cet édit ne fait nullement du christianisme la religion d’Etat : il accorde la liberté de religion et de conscience à tous les citoyens romains, en des termes d’ailleurs étonnamment modernes. Mais il faudra attendre Théodose, en 380, pour voir le christianisme devenir religion officielle de l’Empire, les faveurs accordées par Constantin après 313, et surtout après 324 lorsqu’il sera le seul maître de l’Empire, laissent toutefois présager pareille évolution.
La portée de l’édit, toutefois ne s’apprécie pleinement qu’à l’aune des croyances religieuses des romains, et spécialement dans leurs prétentions universalistes. Ceux-ci croyaient en effet fermement qu’à leur cité était promise la maîtrise du monde, un « empire sans fin », selon l’expression que Virgile prête à Jupiter dans son Eneide (1, 278). Et l’histoire avait semblé leur donner raison : la petite cité du Latium, à la discipline républicaine si implacable et si résolue qu’elle se subordonnait même les dieux, avait fini par conquérir la quasi-totalité du monde connu. […]
L’Empereur Constantin en cuirasse, sur laquelle est sculptée une croix.
(Bibliothèque Nationale)
L’édit de la liberté.
(Extrait de l’édit de Milan)
« Moi, Constantin Auguste, ainsi que moi, Lucinius Auguste, (…) nous avons cru devoir (…) donner aux chrétiens comme à tous la liberté et la possibilité de suivre la religion de leur choix, afin que tout ce qu’il y a de divin au céleste séjour puisse être bienveillant et propice à nous-mêmes et à tous ceux qui se trouvent sous notre autorité.
C’est pourquoi nous avons cru, dans un dessein salutaire et très droit, devoir prendre la décision de ne refuser cette liberté à quiconque, qu’il ait attaché son âme à la religion des chrétiens ou à ceux qu’il croit lui convenir le mieux, afin que la divinité suprême à qui nous rendons un hommage spontané puisse nous témoigner en toutes choses sa faveur et sa bienveillance coutumières. Il convient donc que ton Excellence sache que nous avons décidé, supprimant complètement les restrictions contenues dans les écrits envoyés antérieurement à tes bureaux concernant le nom des chrétiens, d’abolir les stipulations qui nous paraissaient tout à fait malencontreuses et étrangères à notre mansuétude, et de permettre dorénavant à tous ceux qui ont la détermination d’observer la religion des chrétiens, de le faire librement et complètement sans être inquiétés ni molestés. » […]
Olivier SOUAN : Famille Chrétienne
Et ne voilà-t-il pas qu’aujourd’hui un « petit homme normal » veut inverser ce que les Empereurs romains firent en 312,313 et 324 !
L’Eglise du Christ est à nouveau sous le feu des persécutions, on ne tue pas encore, mais on emprisonne sans jugement.
Ils appellent cela : « liberté républicaine » !
Liviaaugustae