FABLE DE LAFONTAINE.
Frontispice gravé par C.N. Cochin d’après OUDRY
Pour les fables de Lafontaine (1755-1759)
LE CHAT ET LES DEUX MOINEAUX
(A Monseigneur le Duc de Bourgogne)
Un chat contemporain d’un fort jeune moineau
Fut logé près de lui dès l’âge du berceau ;
La Cage et le Panier avaient mêmes Pénates.
Le Chat était souvent agacé par l’Oiseau :
L’un s’escrimait du bec, l’autre jouait des pattes.
Ce dernier toutefois épargnait son ami.
Ne le corrigeant qu’à demi
Il se fût un grand scrupule
D’armer de pointes sa férule.
Le Passereau moins circonspect,
Lui donnait force coups de bec.
En sage et discrète personne,
Maître Chat excusait ces jeux :
Entre amis, il ne faut jamais qu’on s’abandonne
Aux traits d’un courroux sérieux.
Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas âge,
Une longue habitude en paix les maintenait ;
Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait ;
Quand un moineau du voisinage
S’en vint les visiter, et se fit compagnon
Du pétulant Pierrot et du sage Raton.
Entre les deux oiseaux il arriva une querelle ;
Et Raton de prendre parti.
Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle
D’insulter ainsi notre ami !
Le Moineau du voisin viendra manger le nôtre ?
Non, de par tous les Chats ! Entrant lors du combat,
Il croque l’étranger. Vraiment, dit maître Chat,
Les Moineaux ont un goût exquis et délicat !
Cette réflexion fit aussi croquer l’autre.
Quelle Morale puis-je inférer de ce fait ?
Sans cela toute Fable est un œuvre imparfait.
J’en crois voir quelques traits ; mais leur ombre m’abuse,
Prince, vous les aurez incontinent trouvés :
Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma Muse ;
Elle et ses sœurs n’ont pas l’esprit que vous avez.
LOUIS de FRANCE : Duc de Bourgogne Dauphin.
Par Joseph VIVIEN 1700 (Musée du Louvre)
Marie-Adélaïde de Savoie Duchesse de Bourgogne Dauphine.
Par Jean-Baptiste SANTERRE 1711 (Château de Versailles)
LOUIS XV âgé de cinq ans.
Par Hyacinthe RIGAUD 1715 (Château de Versailles)
Le duc de Bourgogne devient Dauphin à la mort de son père, Monseigneur. Il épouse la Dauphine en décembre 1697, en vertu de la paix séparée conclue à Turin l’année précédente. C’est un mariage arrangé, mais ils tombent amoureux l’un de l’autre. Ils auront deux enfants : le petit duc de Bretagne, qui mourra à la suite de ses parents en 1712 d’une rougeole, heureusement la gouvernante, Mme de Ventadour, va sauver la descendance royale de Louis XIV, en arrachant des mains des médecins ignorants, le survivant de deux ans : le duc D’Anjou, futur Louis XV. Qui devient roi à l’âge de cinq ans.