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Fables.

 

 

 

 

 

 

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Frontispice gravé par C.N. Cochin d’après OUDRY

Pour les fables de Lafontaine (1755-1759)

 

 

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Le Duc du Maine et sa sœur  Melle de Nantes en Pâris et Vénus

(Peint par François de Troy 1691 Musée du Louvre)

 

 

Louis Auguste de Bourbon, prince français, né à Saint-Germain en 1670, est le fils de Louis XIV et de Madame de Montespan, légitimé en 1673 et marié à la petite-fille du grand Condé. Reconnut par Louis XIV apte à gouverner, à défaut de prince légitime en 1714. Après la cassation du testament du roi il fut déchut de toutes ses fonctions par le régent, Philippe d’Orléans, (père de Philippe égalité) qui vota la mort de son cousin Louis XVI.

 

 

 

LES DIEUX VOULANT INSTRUIRE
UN FILS DE JUPITER.

Pour Monseigneur Le duc Du Maine.

 

 

Jupiter eut un fils, qui, se sentant du lieu

Dont il tirait son origine,

Avait l’âme toute divine.

L’enfance n’aime rien : celle du jeune Dieu

Faisait sa principale affaire

Des doux soins d’aimer et de plaire.

En lui l’amour et la raison

Devancèrent le temps, dont les ailes légères

N’amènent que trop tôt, hélas ! chaque saison.

Flore aux regards riants, aux charmantes manières,

Toucha d’abord le cœur du jeune Olympien.

Ce que la passion peut inspirer d’adresse,

Pleurs, soupirs, tout en fut : bref, il n’oublia rien.

Le fils de Jupiter devait par sa naissance

Avoir un autre esprit, et d’autres dons des Cieux.

Que les enfants des autres Dieux.

Il semblait qu’il n’agît que par réminiscence,

Et qu’il eût autrefois fait le métier d’amant,

Tant il le fit parfaitement.

Jupiter cependant voulut le faire instruire.

Il assembla les Dieux, et dit : j’ai su conduire

Seul et sans compagnon jusqu’ici l’Univers ;

Mais il est des emplois divers

Qu’aux nouveaux Dieux je distribue.

Sur cet enfant chéri j’ai donc jeté la vue :

C’est mon sang ; tout est plein déjà de ses Autels.

Afin de mériter le rang des immortels,

Il faut qu’il sache tout. Le maître du tonnerre

Eut à peine achevé, que chacun applaudit.

Pour savoir tout, l’enfant n’avait que trop d’esprit.

Je veux, dit le Dieu de la guerre,

Lui montrer moi-même cet art

Par qui maints héros ont eu part

Aux honneurs de l’Olympe et grossi cet empire.

Je serai son maître de lyre,

Dit le blond et docte Apollon.

Et moi, reprit Hercule à la peau de lion,

Son maître à surmonter les vices,

A dompter les transports, monstres empoisonneurs,

Comme Hydres renaissants sans cesse dans les cœurs :

Ennemi des molles délices,

Il apprendra de moi les sentiers peu battus

Qui mènent aux honneurs sur les pas des vertus.

Quand ce vint au Dieu de Cythère,

Il dit qu’il lui montrerait tout.

L’Amour avait raison : de quoi ne vient à bout

L’esprit joint au désir de plaire ?

 

 

 

 

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