« Toutes choses ont leur temps, et dans leurs limites elles passent toutes sous le ciel. »
(Qo 3, 1-2 sq)
Cette photo prise, à la Pointe du vent, lors de vacances en Bretagne, représente pour moi l'image intemporelle de l'éternité !Généralement, nous sommes tournés vers le passé, entretenant des souvenirs heureux et des regrets, ou bien tendus vers l’avenir dans lequel nous mettons des espoirs trop humains. Plus rarement goûtons-nous le moment présent alors qu’il est le seul sur lequel nous ayons quelque influence. Nous souffrons de ne plus posséder ce qui a fait notre joie et de ne pas embrasser ce qui entretient notre désir à venir. Nous attendons fébrilement, désespérés, en colère, impatients ou paresseux. [...]Lorsque nous n’avons pas choisi d’être dépouillés de nos projets, nous sombrons dans l’angoisse et la dépression, nous lamentant comme les Hébreux délivrés du joug des Égyptiens réclamant, au milieu du désert, les délices de la terre de servitude : « Nous nous souvenons des poissons que nous mangions en Égypte pour rien : ils nous viennent à l’esprit, les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et les aulx » (Nb 11, 5) [...]Impressionnant de constater à quel point l’homme occidental, habitué à gérer son temps comme cela lui plaît, se retrouve désemparé et angoissé lorsqu’il se retrouve face à un temps présent vide et monotone. La panique succède à la superbe et, aussitôt, l’homme essaie de trouver des succédanés pour remplir ce qui lui donne le vertige. Rapidement tourne en rond celui qui n’a jamais vécu que dans un registre naturel sans se préoccuper de la dimension surnaturelle de son être. Se réduire à un corps et, dans le meilleur des cas, à un esprit, ne suffit pas à combler les jours. L’âme est celle qui peut accueillir le présent dans toutes ses dimensions, joyeuses et douloureuses. Elle ne craint pas le risque et sait trouver les réponses spirituelles en temps de calamité. Si son existence est niée, l’être se retrouve bien démuni et ne pourra se réfugier que dans des compensations de second ordre, tout en se terrant le plus loin possible de ce qu’il regarde comme le danger absolu pour sa survie [...]Qu’en est-il de cette santé sans Dieu tant vantée ?
Elle est celle qui précipite des foules dévaliser les stocks de nourriture et de matériel médical par crainte que le corps ne manque. Elle est celle qui abrutit les prisonniers du temps présent devant des écrans d’où sortent des litanies répétitives d’informations alarmantes et manipulatrices. Elle est celle qui empêche les êtres de se regarder, de se faire confiance. Elle est celle qui ferme les églises ou interdit les cultes, qui refuse aux agonisants l’aide des derniers sacrements, aux pécheurs le pardon de la confession, aux morts une digne sépulture. Elle est celle qui a cousu la bouche des sages et des pontifes et qui fait parler à tort et à travers les politiques et les experts. Cette santé païenne est celle qui a peur de ce que le malin progrès lui avait présenté comme révolu ou maîtrisé.
Père Jean-François Thomas