Pour illustrer les brutalités hivernales auxquelles nous sommes assujettis en ce moment, suivons Jean Godard poète baroque, dans : « les champs enfarinés de neige éparpillées»...
Si je connais la « musique baroque », c'est la première fois que j'entends parler de poésie baroque, que j'ai découvert avec grand plaisir !
Liviaaugustae
Hiver
(image internet)
Les champs enfarinés de neige éparpillée
Sont tapissés de blanc, et les arbres couverts
De gros monceaux neigeux tremblent presque à l'envers,
Borée* galope en l'air comme à bride avalée.
On marche maintenant sur la Seine gelée,
Et sans crainte de rien on la passe au travers,
Le vent rabat les huis d'un branlement divers,
Au centre de Pluton la chaleur s'est coulée.
Tout est pour le présent hérissé de glaçons,
On n'oserait sortir maintenant des maisons,
Tant ce janvier-ci fait craindre sa froidure,
Si n'éteint-elle point mon brasier amoureux,
Ni mon feu ne fond point son glaçon froidureux,
Ainsi pour vous, Madame, et chaud et froid j'endure.
Jean Godard
*Borée:Dans la mythologie grecque signifie littéralement « le vent du Nord ». (Dictionnaire Larousse)
Un mot sur le poète :
Jean Godard (1564-1630) est un poète baroque français.
Il est influencé pour ses poésies amoureuses par Ronsard et Desportes. Il est aussi un poète satirique, auteur dramatique et un grammairien.
Ecrivain éclectique, à l'aise tout autant dans la poésie héroïque et la réflexion morale que dans la comédie ou les traités de langue et de grammaire. Mais c'est surtout un poète amoureux, dans la lignée du Pétrarquisme. La façon dont il utilise les thèmes mignards et les grâces affectées, de mise dans les hommages rendus à la Dame aimée, témoigne d'une originalité très personnelle. S'il se plaît à jouer avec les images et les mots, recherchant constamment les antithèses et les oxymores, c'est pour traduire la souffrance lancinante de l'amour en même temps que le plaisir pris à ces souffrances. Paradoxe qui fait le fond même de sa manière et qui le pousse à cultiver tous les thèmes propices à traduire l'ambiguïté. Et poésie qui poursuit une sorte de rêve impossible : celui de réunir les contraires, de réunifier la dualité de l'être, de retrouver l'un dans le différent, le multiple, le contradictoire, c'est qui donne à ce maniérisme, riche, selon le jugement porté par Colletet, « en pointe d'esprit, antithèses et contrebatteries de mots. »
Le fondement d'une quête d'esprit propre à l'âge du baroque.
(Texte Wikipédia)