MIROIR,
MIROIR…
Quel
mystère la beauté ! Elle est le plus tenace des rêves éveillés. D’âge en âge, les femmes comme les artistes tentent d’en saisir les sortilèges. D’Hélène de Troie à Monica Bellucci, rien n’a
changé. Toutes les femmes ont vécu et vivent encore ce rêve d’être belles, de le rester, et, privilège des privilèges, certaines ont même réussi à rendre leur beauté éternelle grâce à la légende.
Hélène est belle à jamais, comme Yseult, Agnès Sorel […]
Agnès Sorel dans toute sa
beauté…
(Château
de Loches)
Elles
demeurent des chefs-d’œuvre, à l’égal des sculptures et des tableaux des plus grands artistes ou des héroïnes de romans : c’est le plus arrogant défi à l’égalitarisme.
La
beauté est un don merveilleux mais fatal, car il s’agit surtout de la garder. Quels supplices ne sont pas prêtes à endurer les plus belles pour demeurer fidèles à une image que leur miroir leur
a donnée pour un instant – elles l’auraient voulue éternelle.
Dans
mes biographies, j’ai surtout parlé de femmes belles, sans doute parce que je voulais éprouver ce que ressentaient les séductrices qui ont tous les hommes à leurs pieds. Gala, la muse de Dali,
Marie de Régnier, le grand amour de Pierre Louÿs, Berthe Morisot, dont la beauté ténébreuse a été révélée par Manet dans une série de portrait fameux. Toute m’ont fascinée. Chez aucune pourtant
la beauté n’a été affaire seulement de plastique.
Berthe Morisot à l’éventail par Manet
(1872)
(Musée
d’Orsay)
Elles
m’ont fait comprendre, chacune à sa façon : c’est l’amour qui rend belle. C’est l’art qui rend immortelle.
Degas a
préféré avoir un regard vrai, sans indulgence, sur les femmes – belles ou laides. Renoir au contraire les magnifie (et leur donne même quelques kilos en trop). Ce n’est pas le cas de mes
héroïnes, Yvonne et Christine Rouart-Lerolle, qu’il a peintes au piano dans un tableau célèbre à l’âge de dix-huit et vint ans. : elles avaient reçu tous les dons au berceau, et surtout
celui d’être belle.
Yvonne et Christine Lerolle au piano vers
1898.
(Musée
de l’Orangerie)
Ces
deux sœurs auront un destin tragique. Elles finiront par perdre même leur beauté. Mais Renoir a arrêté le temps : il les a immortalisées belles et heureuses.
Que
rêver de mieux, puisque tout passe ?
Dominique
BONA (auteur de « Deux sœurs. Yvonne et Christine Rouart, Les muses de l’impressionnisme »
Extrait
de : Madame Figaro