Par Liviaaugustae
HIVER
Aujourd’hui, 21 décembre…
Nous voici arrivé au terme de l’automne.
L’hiver est là, gelé, frissonnant dans le petit matin.
Mais le ciel reste clément et le soleil nous offre encore un reste de lumière, un reste de chaleur…
Vue sur la vallée du Drac, depuis le sommet en hiver.
(image wikipédia)
[…] Le matin, à six heures, il faisait encore nuit. Je me levais en grelottant, et je descendais allumer le grand feu de bois ; puis je préparais le café que j’avais moulu la veille, pour ne pas réveiller ma mère. Pendant ce temps, mon père se rasait. Au bout d’un moment on entendait grincer au loin la bicyclette de l’oncle Jules, ponctuel comme un train de banlieue ; son nez était rouge comme une fraise, il avait de tout petits glaçons dans sa moustache, et il frottait vigoureusement ses mains l’une contre l’autre, comme un homme très satisfait.
Nous déjeunions devant le feu, en parlant à voix basse. […]
Dans le ciel de velours violet, les étoiles brillaient, innombrables. Ce n’étaient plus les douces étoiles de l’été. Elles scintillaient durement, claires, et froides, cristallisées par le gel de la nuit… Sur la Tête-Rouge, que l’on devinait dans l’ombre, une grosse planète était pendue comme une lanterne, si proche que l’on croyait voir l’espace derrière elle. Pas un bruit, pas un murmure, dans le silence glacé […]
Nous rentrions de la chasse à la tombée de la nuit : installés à plat ventre devant le grand feu de bois résineux, nous faisions des parties de dames, de dominos, de jeu de l’oie […]
A partir de six heures et demie, la broche tournait, et la graisse rousse des grives fondantes attendrissait d’épaisses rôties de pain de campagne…
Marcel Pagnol : Le Château de ma mère.
On aimerait, se mettre à plat ventre devant la cheminée, déguster ces épaisses rôties de pain de campagne attendries par la graisse des grives, en si agréable compagnie, où l’on sent l’amour et l’amitié si présents…
Liviaaugustae
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