J'ai beaucoup apprécié la présentation de la Bretagne dans le Figaro hors série sur la Bretagne dans lequel Michel de Jaegher donne la parole à de grands écrivains français qui la décrivent à la perfection.
Livia
Chapelle et calvaire en Côte d'Armor
(photo de mon fils)
La Bretagne vue par les écrivains...
Dans la Bretagne de Chateaubriand, c'est toujours l'automne ou le printemps. Il faut de la rousseur et des bruyères pour nourrir la mélancolie du vicomte, tandis que le bourgeonnement de la nature annonce de singuliers recommencements. Il faut de la tempête et du vent, du désespoir sous un ciel d'encre. Dans les couloirs et les escaliers sombres de Combourg, la jambe de bois d'un spectre ne fait pas moins d'effet que, sur le pont de l'hispaniola, la béquille de Long John Silver.
La Bretagne de Renan a la couleur des tourterelles, avec ses chapelles en granit, ses calvaires tendus comme une prière vers le ciel, ses pardons où la piété d'un peuple lui fait ressortir des armoires ses costumes chamarrés, ses dentelles, ses bannières, ses binious, ses bombardes. Celle du Roi Arthur est pleine de mystères, de forêts et de sources, d'arbres creux, de diableries, de métamorphoses. On s'y retrouve sous la voûte d'ombre de Brocéliande devant des pierres levées depuis le commencement du monde.
Il y a bien d'autres Bretagne encore.
Celle de la mer et du vent. Des ostréiculteurs de Cancales et des langoustiers de Loctudy, des pêcheurs d'Islande et des terre neuvas.
Celle des îles dispersées en chapelet dans le Golfe du Morbihan, celle de la Côte sauvage de Jean-René Huguenin, où les batteuses bourdonne dans l'air chaud tandis que les enfants s'ébattent sur la plage aux pieds de grandes villas aux volets blancs. Le charme a de quoi rendre ce pays inoubliable à qui peut y associer les couleurs de l'enfance. La magie de la Bretagne ne se résume pas à la richesse de ses monuments, à la douceur des paysages. Bien plutôt à la rugosité même d'un pays tendu comme une épée vers l'océan, à la beauté omniprésente d'une mer toujours en mouvement. A une dune balayée par le vent de galerne, où domine l'odeur d'iode ; un fracas de vagues et d'écumes sur des rochers géants ; le cri strident d'un cormoran perçant la brume ; un tapis de fleurs de bruyères, une maisonnette fouettée par les embruns, la silhouette d'un phare battu par un feu d'artifice de lames blanches ; quelques villages en pierres grises, ourlées par le lichens, aux toits d'ardoises sombres, où l'on tient la brume du matin pour la pitance du soleil, et les ressac de l'océan pour les chevaux de la mer. […]
Miche de Jaeghere