« Ce qu'il y a de mieux dans ce monde, de plus beau, de plus excitant, ce sont les commencements.
L'enfance et les matins ont la splendeur de choses neuves. »
Jean d'Ormesson
Les départs en vacances se profilent, moi, je remonte le temps pour revivre les vacances de mon enfance que la photo ci-dessous a éveillées...
Un ami de Guadeloupe m'a envoyé la photo de cette maison, c'était la maison de mes grands-parents, (aujourd'hui, elle appartient à un de mes neveux) dans laquelle je passais les grandes vacances quand j'étais enfant et adolescente.
En fermant les yeux, j'ai retrouvé les lourds parfums des caramboles, cuits et recuits par le soleil, qui pourrissaient doucement sous l'arbre près de la maison, les odeurs d'herbes chaudes qui montaient de la terre échauffée... j'ai été transportée par magie là-bas dans la campagne de mes vacances endormies tout au fond de ma mémoire .
La maison des vacances était couronnée de tôles, c'était une grande demeure en bois avec un étage, comme on en voit souvent aux Antilles.
Les pièces de réception, ainsi que les chambres de maîtres au rez-de-chaussé s'ouvraient sur une large galerie (véranda aux Antilles) presque de plein pied avec la campagne environnante, tandis qu'au premier étage, les greniers avaient été aménagés en chambres pour accueillir les enfants.
Un grand lit à colonnes très haut sur patte dans une des chambres, faisait notre bonheur à ma sœur et à moi, car en dessous à l'aide de cartons – cartons chahutés tout les matins au cours du ménage qu'il fallait remettre en ordre - nous installions une maison pour nos poupées et la moustiquaire qui retombait tout autour faisait office de voilage. Nous restions donc là-dessous toutes les deux, des heures durant à toiletter et à habiller nos poupées, pour les emmener en promenade autour de la maison dans une vieux landau que nous avions récupéré, qui avait appartenu à une des sœurs de mon père.
Mais ce que nous préférions par-dessus tout c'était la vieille voiture qui occupait un des garages, elle ne marchait plus depuis fort longtemps, car je crois me souvenir qu'on lui avait enlevé son moteur et pourtant nous avons fait de merveilleux voyages dans cette voiture immobile, l'imagination aidant, elle nous a emmené loin, très loin, et bien qu'elle ne fut pas amphibie, elle nous mena jusqu'en France dont on rêvait alors : à Paris, mais surtout à Nice ville dans laquelle habitaient quelqu'un de la famille.
C'était dans une voiture de ce genre-là que nous partions sur les chemins du rêve...
(image internet)
Si ces voyages au-delà de l'Océan Atlantique nous plaisaient tant, c'est qu'il nous était interdit de monter dans cette vieille voiture pour jouer, (et jusqu'à aujourd'hui je ne comprends pas très bien comprends pourquoi on nous interdisait de jouer dans ce vieux tacot qui ne présentait en somme aucun danger, la réponse à nos pourquoi était invariable : « ce n'est pas un jouet »!) mais les choses interdites ont un goût d'aventure qui m'a toujours attiré, comme le sucre attirent les « fous-fous » (oiseaux de Paradis), alors quand les « grandes personnes » faisaient la sieste les après-midi, nous sortions en silence de nos chambres dans lesquelles on nous avait consignés pour y faire aussi la sieste, nous nous glissions à cinq ou six, dans cette « supertitine comme nous l'appelions », et là, chacun à son tour se mettait au volant, et nous partions sur les routes du rêve... c'était magique !
Malheureusement quand la sieste s'achevait et que les adultes commençaient à bouger, nous savions que les voyages devaient prendre fin hélas !
Nous remontions en catimini dans nos chambres, en grimpant sur le carambolier pour atteindre le toit sur lequel une branche reposait, et rentrions discrètement par les fenêtres grandes ouvertes, pour éviter d'être grondés – cependant, je m'en souviens, nous fûmes pincés une ou deux fois escaladant l'arbre...
Vers quatre heures, nous descendions en baillant comme si nous venions de nous réveiller d'un lourd sommeil d'enfants bien sages.
Grand-mère s'activait pour nous préparer le goûter, grandes tartines sur lesquelles elle étalait sa merveilleuse gelée de goyave, accompagnées de citronnade avec les citrons verts cueillis le matin à l'arbre, ou parfois de jus de caramboles, eux aussi provenant de l'arbre sur lequel nous grimpions...ces goûters étaient un pur délice !
Ce furent de jolies vacances, pleines d'aventures dans cette voiture immobile, mais aussi, pleines de joie de vivre, de soleil et de rires.
Livia