« Une porte était ouverte au Ciel…voici qu’un trône était dressé, et siégeant sur le trône, Quelqu’un. »
Apocalypse 4, 1.)
La porte ouverte au ciel, est une enluminure du Beatus de Leon, ou Beatus de Ferdinand et Sancha.
(Ce manuscrit fut réalisé en 1047 par le scribe Facundus pour les souverains de Castille-Leon, Ferdinand Ier et Sancha, au sanctuaire royal de San Isidoro (une nécropole royale à l’époque romane) de leur capitale Leon. Ce manuscrit est conservé à la Biblioteca Nacional de Madrid)
Cette page est une des plus fortes compositions des enluminures visionnaires qui illustrèrent l’Apocalypse dans l’Espagne romane. Au centre, dans un disque rouge, l’Agneau Divin porte sa croix, qui à la forme de la croix de Covadonga, le « drapeau » de la Reconquête chrétienne en Espagne.
Il porte aussi le Livre comme un coffret, car au chapitre 4, Dieu remet à l’Agneau (c’est-à-dire au Christ), les destinées du monde sous la forme d’un livre scellé. Cette couleur rouge signifie qu’il est encore dans l’Empyrée, le Ciel invisible. Mais il est venu sur notre terre qui est représentée par le grand disque bleu, couleur du firmament, le ciel de la terre bordé par une bande d’étoiles. Les vingt-quatre vieillards sont figurés debout ou prosternés, des luths à la main.
Autour de l’Agneau, les quatre vivants (l’Homme, le Lion, le Taureau et l’Aigle) représentent les quatre évangélistes.
Au sommet de la page, en dehors de ce cosmos circulaire, deux anges immenses en robe écarlate, aux ailes noires déployées, désignent le Seigneur sur le trône du ciel, tenant le Livre aux sept sceaux qui ne peut-être ouvert que par l’Agneau. Dieu apparaît sous un arc outre-passé en fer à cheval, que l’on appelle parfois à tort arc arabe : en effet, lorsque les Wisigoths arrivèrent en Espagne au VIe siècle, ils construisirent de nombreuses églises selon cette architecture, qui fut par la suite copié par les Arabes quand ils envahirent l’Espagne et diffusée par eux dans les pays musulmans.
Les silhouettes de quatre anges s’allongent tout en bas, calant visuellement la composition.
Les Beatus sont des manuscrits romans de l’Apocalypse commentée, au VIIIe siècle, par le moine Beatus de Liebana (le latin beatus signifie « bienheureux »), réfugié dans les Asturies lors de l’invasion musulmane.
On dit « un Beatus » comme on dit « un Larousse ».
De nombreuses copies réalisées au nord de l’Espagne et sud-ouest de la France, il ne reste qu’une vingtaine du Xe et du XIIe siècle, qui sont une des plus belles réussites de l’art roman du nord de l’Espagne. Le reste de la péninsule étant occupée par les musulmans, toute représentation humaine y était interdite.
L’Agneau tenant le Livre, au centre, est le Christ qui seul peut accomplir l’Ecriture Sainte.
Marie-Gabrielle Leblanc