
Peinture de la Renaissance, représentant Hannibal affrontant une légion romaine à la Trébie.
LA TREBBIA
L’aube d’un jour sinistre a blanchi les hauteurs.
Le camp s'éveille. En bas roule et gronde le fleuve
Où l'escadron léger des Numides s'abreuve.
Partout sonne l'appel clair des buccinateurs.
Car malgré Scipion, les augures menteurs,
La Trebbia débordée, et qu'il vente et qu'il pleuve,
Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve,
A fait lever la hache et marcher les licteurs.
Rougissant le ciel noir de flamboiements lugubres,
A l'horizon, brûlaient les villages Insubres ;
On entendait au loin barrir un éléphant.
Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche,
Hannibal écoutait, pensif et triomphant,
Le piétinement sourd des légions en marche.
José-Maria de Heredia
(Les Trophées)
Un peu d’histoire :
Ce qui s’est vraiment passé à la Trébie : Le commandant romain Scipion et ses troupes s’étaient retranchés sur les bords de la Trébie, où ils furent rejoints par les forces du Consul Sempronius, remontées de Sicile. Sempronius était partisan d’une attaque frontale, mais Hannibal, soupçonnant la manœuvre, déjoua les plans du stratège romain et envahit le camp de l’adversaire au petit matin, en décembre 218 avant J.C. Transit de froid et affamés, les légionnaires romains peu préparés pour cette campagne succombèrent sous l’attaque. Cette défaite retentissante amputa les armées de Scipion et de Sempronius de près de 30000 hommes. Rome mit du temps à s’en remettre et enfin en 146 avant J .C. Rome réussit enfin a rayer Carthage de la carte.

José-Maria de Heredia.
(Gravure par Adolphe Lalauze)
José-Maria de Heredia est le fils de Domingo de Heredia et de sa deuxième épouse Luisa (dite Louise dans de nombreux textes) Girard, issue d’une famille française de réfugiés de l’ancienne colonie de Saint Domingue (aujourd’hui Haïti). Ses parents étaient des sujets espagnols.
Le poète naît le 22 novembre 1842, dans la plantation de café familiale nommée la Fortuna, près de Santiago de Cuba.
Il vient en France à l’âge de 9 ans poursuivre ses études au collège Saint Vincent de Senlis, où il reste jusqu’au baccalauréat en 1859. C’est un élève brillant et très apprécié. La découverte de l’œuvre de Leconte de Lisle fait sur lui une forte impression.
Il retourne à Cuba, mais l’équivalence du baccalauréat français lui est refusée pour des raisons administratives. Avec sa mère veuve, et riche, il revient en France et s’inscrit à la faculté de droit de Paris.
Ses goûts et ses ambitions sont plus littéraire que juridiques, il écrit des sonnets, et fait partie d’associations littéraires comme la Conférence La Bruyère, il est un membre influent de l’école Parnassienne.
Texte et image wikipédia