Beaucoup de gens aujourd'hui, veulent quitter les villes pour se retirer à la campagne, oui mais, ils veulent une campagne propre, sans bêtes, sans bruits, bref, une campagne aseptisée qui leur ressemblerait !
J'ai lu un texte très édifiant, racontant comment les coqs (enfin leur propriétaire) sont déférés devant les juges, afin qu'on leur coupe le sifflet pour qu'ils arrêtent de chanter aux aurores !
Livia
À la campagne, les chiens jappent, les vaches meuglent, les moutons bêlent. Cette déconvenue contrarie parfois le choix de la vie rurale caressé depuis longtemps par d’anciens citadins. Or aujourd'hui, toute irritation se judiciarise. Ceux qu’il est convenu d’appeler les néoruraux intentent parfois un procès au coq du voisin, aux cloches du curé. Depuis peu au pestilentiel pesticide du paysan. Il leur faut une campagne aseptisée. Sans pollution sonore ni olfactive. Pour tout homme de bon sens, de tels titres dans la presse au-dessus de deux ou trois colonnes tiennent d’un canular assez réussi. Mais l’information récurrente est sérieuse. Les procès se multiplient, et les maires ou députés défenseurs de la campagne envisagent de faire classer son « patrimoine sensoriel » pour le mettre à l’abri. On se frotte les yeux. Mais non, ce n’est pas un énorme canular, comme ceux des Copains de Jules Romains, c’est sérieux.
Ridicule, grotesque — mais sérieux.
La symbolique chrétienne pardonne tout au coq. Oiseau de l’aube, pourvu d’un cri vainqueur, elle ne voit en lui que ce guetteur qui annonce la lumière quand il fait encore nuit — le héraut de la Résurrection. Qui nous le dit ? De très anciens poètes latins, ruraux, de profonde campagne, qui avaient le sens des choses de la nature. Et de ce que chacune signifie dans l’ordre surnaturel, par le biais du symbole. Alors ils ont chanté le coq, louange et reconnaissance pour ses services. Et leurs poèmes ont fourni leur psalmodie aux moines, ruraux eux aussi mais qui se lèvent tôt, à matines ou à laudes.
« Le héraut du jour déjà sonne,
Le veilleur de la nuit profonde »
Il faudrait citer plus avant cette hymne ambrosienne (d’époque et de facture de saint Ambroise). Elle est de toute beauté, elle dit tellement vrai sur l’aube qui ouvre chaque jour que fait le Seigneur. Rimbaud lui-même, dans sa terrible Saison en enfer, en pousse un cri de saisissement : « Au chant du coq, — ad matutinum, au Christus venit, — dans les plus sombres villes ».
Passe pour le coq, puisque c’est la nature, diront peut-être les néoruraux. Mais les cloches ! Ils se plaignent des cloches qui sonnent trop tôt. Au moment où ils se rendorment après le coq. C’est l’angélus. Il faut leur dire que ce n’est pas une fantaisie, un caprice : c’est une prière de reconnaissance qui rappelle l’avènement de notre Salut. L’ange annonce à une jeune fille du nom de Marie que, si elle veut bien, les temps sont accomplis pour la naissance d’un Enfant qui vient sauver les hommes. Fiat, dit-elle. Les cloches le font savoir trois fois le jour. À leurs tintements fuient les dieux païens, les démons regagnent l’enfer, les fées courent aux abris. Et ce sont les anges qui volent par les chemins. Les néoruraux retrouvent enfin le sommeil — sans savoir à qui ils le doivent.
Bernard Plessy
J'ai trouvé sur un site la prière de saint Ambroise à la gloire du coq, que je vous offre ci-dessous :
Saint Ambroise
Eternel créateur du monde,
toi qui gouvernes les nuits et les jours
fais succéder les temps aux temps
pour alléger la lassitude
Le hérault du jour déjà sonne
le veilleur de la nuit profonde,
clarté nocturne aux voyageurs,
séparant la nuit de la nuit.
Par lui réveillé, Astre porteur de lumière
Délivre le ciel des ténèbres,
par lui tout le chœur des rôdeurs
abandonne les voies du mal.
Par lui le marin reprend force
et la houle des flots s’apaise ;
La Pierre même de l’Eglise
à son chant a lavé sa faute.
Levons nous donc avec courage ;
le coq éveille ceux qui gisent,
invective les somnolents ;
le coq confond les renégats
Au chant du coq, l’espoir renaît,
la santé revient aux malades,
l’arme du bandit se rengaine,
la foi s’en retourne aux pécheurs.
Jésus, regarde qui chancelle
et par ta vue corrige-nous
sous ton regard, nos faux pas cessent,
nos pleurs effacent notre faute.
Reprends ton éclat dans nos âmes,
dissipe le sommeil du cœur ;
pour toi d’abord, que nos voix sonnent :
acquittons nos vœux envers toi.
La Prière de Saint Ambroise « Éternel créateur du monde » :