Au détour des pages d'une de mes lectures, j'ai rencontré avec bonheur le fantôme des Tuileries.
Nous connaissions le fantôme de l'Opéra, à l'Opéra bien sûr.
Et Belphégor au Louvre.
Il y eut deux films réalisés avec l'histoire de ces deux-là, mais je n'avais jamais entendu parler du revenant des Tuileries...
C'est une belle histoire de revenants comme nos ancêtres les aimaient... Et dont la lecture m'a réjouit.
Je vous invite à faire connaissance avec le revenant des Tuileries, boucher de son état quand il était en vie.
Liviaaugustae
« Vous figurez-vous
Ce diable d'écarlate ?
Bossu, louche et roux,
Un serpent lui sert de cravate.
Il a le nez crochu,
Il a le pied fourchu...
Béranger
C'est en ces termes que le chansonnier Béranger, sous la Restauration dépeint le « petit homme rouge des Tuileries ».
Balzac l'évoque aussi dans ses « Scènes de la vie à la campagne ».
« Soyez maudit, toi et tes maîtres ! Je reviendrai ! »
C'est ainsi que parla le boucher avant d'être occis.
(Ce tableau est au Château de Blois, mais je ne connais pas l'auteur.)
En 1564, Catherine de Médicis confie à l'architecte Philibert Delorme la tâche de bâtir un nouveau palais dans la perspective du Louvre. IL y avait là une fabrique de tuiles, mais aussi un abattoir, appartenant à un certain Jean l'écorcheur. Ce denier refusa de céder sa place, la Florentine aurait donné l'ordre à ses sicaires de « l'expédier ».
A partir de ce jour, le spectre du boucher, vêtu de vermillon et dégouttant de sang, hantera les couloirs du Château.
Il se manifeste à Cosme Ruggieri, l'astrologue de la reine, puis à Catherine elle-même, avant qu'elle ne quitte Paris chassée par la ligue. Puis l'homme rouge se montre à Marie de Médicis, le jour de son couronnement à Saint-Denis, le 13 mai 1610, veille de l'assassinat d'Henri IV. On le revoit sous la Fronde, à la mort de Mazarin, puis à celle de Louis XIV, en 1715. On l'aurait, paraît-il retrouvé couché dans le lit de Louis XVI au matin de Varennes. Il se serait dressé plus tard au chevet de Marie-Antoinette. Et Napoléon 1er entretenait avec lui des relations familières. Le 4 septembre 1870, il accompagne l'impératrice Eugénie dans sa fuite.
Ce pauvre revenant, périt dans les flammes quand les communards incendièrent les Tuileries, (encore un patrimoine que ces incendiaires nous enlevèrent) on l'aperçoit une dernière fois à l'une des fenêtres de la salle des Maréchaux, environné de flammes...