Par Liviaaugustae
Notre manuscrit fut réalisé au prieuré de Lindisfarne, fondé en 635 et dépendant de la cathédrale de Durham, sur une petite île au nord-est de l'Angleterre. Il est en ruine depuis la Réforme protestante, au XVIe siècle.
La page d'introduction à l'Evangile de saint Jean représente une croix ornée de magnifiques et savants entrelacs. Ce célèbre évangéliaire, enluminé vers , est un exemple très achevé de l'art étrange, à la fois sauvage et raffiné, de l'Angleterre convertie au christianisme depuis moins d'un siècle. Elle fait penser à un tapis, et c'est pourquoi ces pages de croix s'appellent cross-carpet pages (tapis de croix). Vermillon, jaune d'or, bleu de lin, vert turquoise sur un fond noir à peine visible, s'enchaînent sans relâche en portant en avant une croix grecque au centre, évoque aussi la reliure d'un livre.
Cet art cherche à insérer le maximum de mouvement dans le minimum d'espace, en un fractionnement et un grouillement qui donne le vertige et semble continuer à l'infini.
Les motifs de base sont la spirale, l'entrelacs, la frise et l'escalier. Les animaux - ici des oiseaux qui mordent les rinceaux végétaux et se confondent avec eux – ne sont que semi-figuratifs et disparaissent dans cette frénésie décorative. On a dit que si on déroulait le fil imaginaire, il serait assez long pour entourer une église ou au moins une chapelle...
Cet art fascinant venu de la nuit des temps exalte somptueusement la croix du Christ.
Plus d'une centaine d'oiseaux étranges, au plumage stylisé rouge et bleu, forment le fond de la page.
Marie-Gabrielle Leblanc
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