J'ai terminé durant mes vacances en mars, « Caractériel », le dernier livre écrit par Denis Tillinac.
Bien que le titre soit un peu bizarre, la lecture du livre est très agréable, c'est un écrivain que j'apprécie énormément.
On remonte le temps dans les années d'enfance d'un petit garçon passionné, mais aussi dans la France des années 50/60, où l'on retrouve, pour notre plus grand plaisir ces années de bonheur durant lesquels il faisait bon vivre dans la « doulce France » .
Je n'ai pu m'arrêter je l'ai dévoré en deux jours.
J'ai eu très envie de faire ma valise et partir pour Térilhac...
Liviaaugustae
« Toujours imaginer sera plus grand que vivre. »
Gaston Bachelard
(C'est la citation que Denis Tillinac a mis en exergue sur la page de garde)
« C'est l'histoire d'un cancre qui n'en finissait pas d'imaginer des paradis multicolores pour fuir l'enfer gris de l'école.
C'est l'histoire d'un sale gosse emprisonné dans la camisole d'une sensiblerie maladive.
C'est l'histoire d'un « caractériel » qui a autant désorienté les psys que ses parents et ses copains de classe.
L'enfer, c'était le Paris de Doisneau. Le paradis : les deux villages de ses ancêtres, le chant nocturne des grillons, le rouge vénéneux d'une floraison de coquelicots. L'histoire d'un enfant qui n'était pas fait pour devenir un adulte. »
On retrouve le talent si particulier du romancier Denis Tillinac dans ce portrait d'un môme indiscipliné, prêt à tout sacrifier pour sa liberté . Un môme qui nous est bien familier.
Quelques extraits :
« Dès les dernières maisons régnait l'obscurité d'une vraie nuit de campagne, avec les hululements des hiboux, les coassements des grenouilles, les crissements dans les taillis et surtout le concert des grillons, leur mélopée à une seule note, ce grelot tendre , roucoulant, peut-être douloureux, peut-être résigné, qui montait vers le ciel comme un cantique. Par instants l'orchestre respectait une plage de silence, un grillon le rompait soudain, si près de moi qu'il semblait me dire avec une humilité poignante : « Je t'aime ne m'oublie pas. » « Je t'aimerai toujours », lui répondais-je, le cœur à nu, dans ces nuits aux parfums de foin coupé, où apparaissaient des vers luisants sur les bas-côté et où la lune si elle était pleine éclairait les croix du cimetière adossée à un bois de chênes et de bouleaux. Parfois une étoile filante traversait le ciel et j'émettais un vœu, toujours le même : ne pas repartir à Paris. »
« Le soir tombait... j'avais envie d'aller voir le soleil s'enfuir derrière un bois à l'autre bout du village. Passé le cimetière, un chemin atteint le sommet d'une colline... Depuis cet endroit se profilent les toits du bourg autour du clocher, et les crêtes bleutées au-delà. Un bleu embué de mauve. L'angélus sonnait. Le vert pâlissant des près, le vert sombre des forêts, les nuages roses duveteux ou d'un gris cendré, le soleil rougeoyant, cette symphonie me chavirait. J'aurai voulu étreindre les arbres ; chaque sauterelle, chaque fleur, chaque brin d'herbe... »
« Quand l'été revient, je vais retrouver mes coquelicots aux Escloses. Rien ne m'importe d'avantage, je les contemple religieusement. Leur naturel, leur désinvolture, le miracle de ces pétales d'un rouge velouté encorbellant un cœur noir semblent vouloir me révéler le code secret qui m'ouvrirait les portes du Paradis selon mes goûts et mes couleurs. »