Par Liviaaugustae
Ce soir, une lune pleine et toute ronde va nous taquiner pour perturber notre sommeil...
La lune nous espionne cachée dans le feuillage
(vu de ma fenêtre)
Les délires de la lune
Pleine lune qui fait les beaux minuits d'argent,
Glabre qu'aime le soir toute une pauvre gent,
Oh ! Voyageuse taciturne !
Rôdant sur la grisaille immense des cités,
Pour, face à face, y luire aux songeurs attristés,
Le front à leurs vitres nocturnes.
Lune des parcs, des eaux, des fleurs, des chênes tors,
Donne une illusion d'air libre et de dehors,
A ceux qui pleurent dans la campagne.
Viens, amante pâlotte au regard singulier,
Côte à côte et sans bruit partager l'oreiller,
De ceux qui n'ont pas de compagne...
Sois une illusion aux galettes des rois,
Et la coupe de vin qui tremble dans tes doigts,
De ceux qui n'ont manger ni boire.
Vêts du voile des noces issus de ta clarté,
Celles qui n'auront pas leur part de volupté,
Et que tente la robe blanche...
Brille pour les petits apeurés dans leurs lits,
Et dont les rideaux ont des bêtes plein leurs plis,
Comme font les bonnes veilleuses.
Puis offres l'hostie *alme et lumineuse à ceux,
A ceux qui gardèrent l'espoir de paradis fameux,
Tout au fond de leur âme pie !
Et lorsque, visitant ces veilleurs du désir,
Tu leur auras ainsi versé de ton plaisir,
A même la ville assoupie,
Ô lune ! Gardes un rayon pour le toit,
Où les chats miauleurs ouvrants, claire comme toi,
Leurs yeux ronds vers ta plénitude,
Dans l'équilibre sûr de leurs pas de velours,
Te prennent à témoin de leurs folles amours,
Et sanglotent leur lassitude.
Lucie Delarue-Mardrus
*alme : Du latin almus (nourrissant, nourricier, bienfaisant) considéré comme désuet par Malherbe, à été repris par les poètes du XIXe siècle.
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