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Les enfants à Rome.

 

 

 

«…Il le prit dans ces bras et le déposa aux pieds de son père. Si Aulus avait voulu le refuser, il lui aurait suffit de s’en détourner. Un esclave aurait alors prit le nourrisson pour l’exposer au temple de la Piété. Là, il l’aurait abandonné au pied de la colonne du lait : on y déposait les enfants qui tétaient encore. L’enfant serait mort, aurait été recueilli par un couple sans descendants, ou emporté par quelqu’un qui en aurait fait son esclave. Mais ce n’était pas le sort qui attendait le nouveau-né. Après avoir rajusté les plis de sa toge, Aulus se pencha et le prit dans ses bras en le montrant à ceux qui se tenaient dans la pièce. Par ce geste, il le reconnaissait pour sien et s’engageait à l’élever. Du bout de son doigt humecté de salive, en souriant il traça sur le front de l’enfant les signes rituels contre le mauvais sort… »

Ainsi décrit Norbert Rouland les premiers pas dans la vie pour tout les enfants romains (Les lauriers de cendre).

 

Sur l’amour parental les textes et les documents figurés apportent des renseignements souvent contradictoires.

 

Hercule portant son fils Télèphe (Louvre)

Vision idyllique : Hercule portant son fils Télèphe (Musée du Louvre).

 

Silène berçant Dionysos (Vatican)

Silène berçant Dionysos (Musée du Vatican).

 

Les uns proposent la vision idyllique d’une famille centrée sur l’enfant, les autres une vision sombre faite d’absence et d’indifférence (nous n’avons rien inventé). La vérité devait être complexe et variable. Les romains étaient habitués à l’effrayante mortalité infantile qui ravageait leur famille.

Marc Aurèle et Faustine eurent treize enfants dont deux seulement parvinrent à l’âge adulte.

 

 

Commode jeune

Commode l’un des deux enfants rescapés de Marc Aurèle et Faustine devint empereur et régna dans le sang. Marc Aurèle ne respecta pas la tradition des Antonins qui était de choisir le meilleur pour la succession et non le droit du sang. Il fit de son fils son héritier malheureusement pour Rome.

 

 

Qu’en était-il dans les milieux populaires moins bien protégés ?

L’expérience de la mort prématuré était presque générale, et l’on marquait un chagrin proportionnel à la vie du jeune disparu. Cependant des épitaphes expriment d’émouvants désespoirs à la suite de la mort d’un bébé.

 

 

Sarcophage d'un enfant (Musée des Thermes)

Sarcophage d’un enfant (Musée des Thermes)

 

Sarcophage d'un enfant (Capitole)

Sarcophage d’un enfant (Musée du Capitole).

 

Cette émotivité devant l’enfant ne fit pas renoncer aux pratiques cruelles de l’exposition. La loi n’interdisait pas d’abandonner dès sa naissance un enfant indésirable.

Il faut attendre Constantin premier empereur chrétien, qui interdira cette pratique barbare.

La possibilité de se défaire d’un enfant dont on ne voulait pas donnait plus de prix à ceux que l’on conservait. Le huitième jour pour les filles ou le neuvième pour les garçons était le jour de la lustration. Le rituel inscrivait l’enfant dans l’ordre universel et dans la société, tout en le purifiant. On le portait autour du foyer familial, on prenait à témoin de cette vie nouvelle les parents et les voisins que l’on avait invités ; on choisissait un prénom, et on accrochait au cou de l’enfant la bulle d’or qui symboliserait et protègerait sa fragilité, en attendant qu’on lui remit plus tard la toge prétexte qui était le second insigne de l’enfance. Le garçon allait attendre le jour où il déposerait ses insignes et entrerait dans la classe des hommes ; cela se passerait aux alentours de sa puberté entre quatorze et seize ans ; la fille attendrait le jour de son mariage qui marquerait la fin de son enfance. Il n’était pas rare qu’elles fussent données dès l’âge de douze ans à un mari, qui, dans le meilleur des cas, avait une vingtaine d’années, dans le pire des cas quinze ou vingt ans de plus qu’elle. Il arrivait souvent que le mariage soit aussitôt consommé… (le divorce étant permis à Rome, Livie quitta son vieux mari pour convoler avec le bel Octave).

L’enfant passait les premières années de sa vie dans sa famille.

 

 

Enfant emmailloté

Enfant emmailloté avec bandelettes.

 

Délivré de ses bandelettes serrées et sevré dès l’âge de six mois, il recevait des jouets : hochets pour le premier âge, et plus tard des poneys ou chèvre attelés à de petite voiture, des cerceaux, des toupies des poupées et des balles. La petite enfance qui durait jusqu’à sept ans l’âge de raison, était le temps du jeu.

 

Bas-relief enfants jouant à la balle (Louvre)

Bas-relief : enfants jouant à la balle. (Musée du Louvre).

 

Poupée en ivoire Ie s. (Musée national romain)

Poupée en ivoire premier siècle (Musée National Romain). L’ancêtre de la poupée « Barbie ».

 

A sept ans s’accomplissait un grand passage : le temps de la scolarité. Les romains les plus riches, confiaient leurs enfants à des précepteurs privés, bien que Quintilien eût montré les avantages de l’enseignement collectif. Mais la plupart des enfants allaient à l’école. L’état ne s’est jamais soucié à Rome de l’enseignement des premiers cycles ; il ignorait l’éducation nationale et laissait aux parents le soin de choisir les maîtres et aux maîtres celui de décider des programmes. Certains penseurs, comme Sénèque, s’étaient généreusement élevés contre les châtiments corporels, mais la plupart des maîtres en usaient avec l’accord des parents. Après trois ou quatre ans de cet enseignement, l’enfant pouvait enfin passer chez le grammaticus. Dans les meilleures écoles l’enseignement étaient bilingues.

 

PORTRAITS D’ENFANTS.

 

Un bébé (Les Offices)

Un bébé (Musée des Offices).

 

Enfant en Hercule (Louvre)

Enfant en Hercule (Musée du Louvre).

 

Le tireur d'épîne (Capitole)

Le tireur d’épine (Musée du Capitole).

 

Jeune prince des Antonins (Louvre)

Jeune prince Antonin : l’un des fils mort de Marc Aurèle (Musée du Louvre).

 

Jeune prince des Antonins (Capitole)

Un autre fils mort de Marc Aurèle (Musée du Capitole).

 

 

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