« Tout ce qui est beau est difficile autant que rare. »
Spinoza
La plage de La Baule prise d’un immeuble sur le remblai en début de matinée, il n’y a pas encore foule…
Affiches et magasines le promettent :
Cet été, bons plans et tuyaux à gogo vont nous faire plus beaux…Pro Deo ?
Les enfants grandissant, les visites chez l’orthodontiste se raréfient et ma culture « people » en souffre. Pendant qu’on torturait mes chéris, je lisais béatement les magasines mis à ma disposition et j’apprenais des tas de trucs ébouriffants, rien que des informations de première main, sinon de première nécessité, qui me remplissaient du doux sentiment de faire partie de l’élite informée de la planète.
Par chance, j’ai pu rattraper mon retard chez une copine qui avait acheté le numéro « Spécial plans beauté » d’un magazine féminin. Un must !
Pages 8 à 12, les plages de rêve, d’Ibiza à Saint-Trop (rien sur Dunker ou Knokke-le-Zoute, c’est étrange). Pages 13 à 17, les maillots de bain : çà s’impose, évidemment, si on va à Ibiza – pour Knokke-le-Zoute, les polaires Décathlon feront l’affaire. Pages 20 à 30, « Les crèmes solaires au banc d’essai ». Pages suivantes : les bons plans régime – la recension des diètes miracles et de leurs bienfaits « détox » est prometteuse. A croire que l’on ne mange que du pétrole brut, des champignons hallucinogènes et des pesticides. « Perdez 15 kg en 10 jours » : la pensée magique à ses adeptes.
Toujours au rayon des miracles, entre les régimes et la recette de daube « façon mémé » de Micheline Dax, les pages spiritualité se concentrent sur le « respirianisme », un nouveau truc New Age fabuleux. Jasmuheen, une australienne efflanquée au sourire de crocodile, nous propose de nous nourrir exclusivement de lumière divine pour être beaux et bien dans notre peau. En voilà une bonne idée : le déjeuner cosmique, expérience gastronomique hors-norme, est économique de surcroît. Que du bonheur, je vous dis.
La grande prêtresse du « respirianisme » a raison sur un point : on ne peut penser à notre corps sans le rapporter à Dieu, c’est bien la lumière divine qui est le centre de nos plans beauté. Nous sommes beaux parce que nous sommes à l’image de Dieu, parce que nous reflétons sa lumière.
Notre rapport au corps est complexe, un peu sur le mode : « Je t’aime, moi non plus ». Nous tentons de le modeler comme une idole ou de le soumettre comme un esclave afin qu’il soit conforme aux canons esthétiques du moment. Ambigüe et narcissique, la beauté qu’on nous propose n’est plus « l’éclat du vrai », selon la puissante définition de Platon, reprise par l’Eglise, mais l’éclat de l’ego et de la vaine gloire.
Cette vision factice et standardisée de la beauté menace la vérité de l’être humain plus qu’elle ne la défend. La personne, corps, âme et esprit, est un tout dont la beauté rend compte. L’éclat si particulier du cœur, de l’intelligence, de l’âme, qui dit la vérité de l’être, dépasse largement une esthétique parfaite. Ainsi en est-il de la beauté frappante de certaines personnes malades ou handicapées dont le rayonnement vaut largement celui des mannequins famélique des magazines ! […]
Juliette Levivier
Les articles de Mme Levivier, éditorialiste au journal « Famille Chrétienne », sont toujours largement humoristiques, et je n’ai pu résister au plaisir de partager celui-ci avec vous.
Samedi, j’étais chez mon coiffeur, « c’est là, que je feuillette ce genre de magazine » pour passer le temps, entre le shampooing et la coupe, lorsque j’ai oublié mon petit livret de « mots fléchés ». C’était le cas samedi, partie de la maison en retard, je l’ai oublié, et me suis rabattue sur les journaux que l’employée a mis à ma disposition… comme Mme Levivier le dit : Un Must !
En plus, chaque fois, je me rends compte combien la bêtise pense entre ces pages glacées !
Liviaaugustae