Par Liviaaugustae
Mangrove de la Rivière-Salée (Guadeloupe)…
(Image wikipédia)
[…] Crusoé ! – ce soir près de ton île, le ciel qui se rapproche louange la mer, et le silence multipliera l’exclamation des astres solitaires.
Tire les rideaux ; n’allume point :
C’est le soir sur ton île et à l’entour, ici et là, partout où s’arrondit le vase sans défaut de la mer ; c’est le soir couleur de paupières, sur les chemins tissés du ciel et de la mer.
Tout est salé, tout est visqueux et lourd comme la vie des plasmes.
L’oiseau se berce dans sa plume, sous un rêve huileux ; le fruit creux sourd d’insectes, tombe dans l’eau des criques, fouillant son bruit. L’île s’endort au cirque des eaux vastes, lavée de courants chauds et de laitances grasses, dans la fréquentation des vases somptueuses.
Sous les palétuviers qui la propagent, des poissons lents parmi la boue ont délivré des bulles avec leur tête plate ; et d’autres qui sont lents, tachés comme des reptiles, veillent. – les vases sont fécondées – Entends claquer les bêtes creuses dans leurs coques – Il y a un morceau de ciel vert une fumée hâtive qui est le vol emmêlé de moustiques – Les criquets sous les feuilles s’appellent doucement – Et d’autres bêtes qui sont douces, attentives au soir, chantent un chant plus pur que l’annonce des pluies : c’est la déglutition de deux perles gonflant leur gosier jaune…
Vagissement des eaux tournantes et lumineuses !
Ô la couleur des brises circulant sur les eaux calmes, et les palmes des palmiers qui bougent !
Et pas un aboie lointain de chien qui signifie la hutte ; qui signifie la hutte et la fumée du soir et les trois pierres noires sous l’odeur du piment.
Mais les chauves-souris découpent le soir mol à petits cris.
Joie ! ô joie déliée dans les hauteurs du ciel !
… Crusoé ! Es-tu là ! Et ta face est offerte aux signes de la nuit, comme une paume renversée.
Saint-John PERSE : Eloges « images à Crusoé »
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