L’Arc de triomphe d’Orange marque la fondation de la
ville par les vétérans de la IIe légion dite Gallica. C’est l’un des plus anciens de la Gaule romaine. Situé sur la Via Agrippa, le monument n’évoque pas un triomphe en particulier, mais la
suprématie de Rome.
Détail de l’arc de triomphe dédié à la
gloire des vétérans de la IIe légion gallique, fondateurs de la colonie d’Orange, l’arc tout entier est décoré de scènes de batailles.
Orange le 4 août 1837
Je ne me suis arrêté qu’une demi-journée pour voir Orange, je trouve toutes les rues couvertes de toile à cause de l’excessive chaleur. Ce climat m’enchante, il suffirait seul pour me rendre heureux pendant quinze jours peut-être. Je dirais presque comme Araminthe, il jette dans de douces langueurs.
Je voulais voir le théâtre et l’arc de triomphe. Le mur du théâtre s’aperçoit de très loin, dominant toute la ville. L’arc de triomphe, bâtit probablement du temps de Marc-Aurèle, est admirablement placé ; il s’élève dans la plaine poudreuse, à cinq cents pas des dernières maisons du côté de Lyon ; son aspect jaune orange se détache de la façon la plus harmonieuse sur l’azur foncé du ciel de Provence. Cet arc vénérable a soixante six pieds de largeur, et soixante de haut ; il a trois arcades, celles du milieu, comme de juste, plus large et plus élevée que les autres. […]
Cet admirable monument a servi de forteresse dans le Moyen Age, il était alors surmonté d’une haute tour, et renfermé dans un édifice ; on a fait justice de tout cela en 1721. […]
[…] Lerbert, abbé de Saint-Ruf, qui vivait dans le XIe siècle, dit que cet arc de triomphe fut élevé à César vainqueur des Marseillais. On l’appelle aujourd’hui « arc de Marius », mais rien ne peut indiquer ni l’époque ni le but de ce monument. Lorsque ce pompeux édifice fut élevé pour éterniser la gloire d’une grande nation et de ses généraux, qui aurait pu prévoir parmi eux qu’il viendrait un temps où il subsisterait encore presque en entier, sans qu’il fût possible de rien savoir sur son objet ?
Le cicérone m’a conduit au grand cire, ce qui veut dire cirque. Ce monument est sur le penchant de la montagne ; ce fut un théâtre et non un cirque. On voit encore des tronçons de colonnes énormes ; il y avait trois rangs […]
[…] Le mur qui coupait le demi-cercle et qui formait le fond de la scène existe en entier et produit un effet admirable ; on reconnait aussitôt la manière des Romains. Il a cent huit pieds de haut et trois cent de large.
On ne peut se lasser de considérer cette muraille si grande, si simple, si bien bâtie, si bien conservée. Elle est décorée de deux rangées d’arcades et d’un attique. Au milieu est une grande porte qui servait probablement d’entrée aux acteurs.
Ainsi qu’au pont du Gard, les Romains nous donnent partout le sentiment du plus profond respect et de la plus vive admiration par des édifices destinés à l’usage le plus simple. C’est le propre d’un grand caractère. […]
[…] Du haut de la montagne contre laquelle le théâtre est bâti, et où l’on trouve les ruines d’un château construit avec les pierres du théâtre, nous avons joui d’une vue assez étendue : d’un côté, c’est le cours du Rhône et le beau pont Saint-Esprit, de l’autre, le mont Ventoux, dont la cime est couverte de neige pendant neuf mois de l’année […]
[…] Si le lecteur n’a pas vu cet arc de triomphe d’Orange ou au moins une gravure, il trouvera les détails ci-dessus bien ennuyeux. Mais comment ne pas parler avec détails d’une si belle chose et qui a fait le bonheur de ma journée.
Stendhal : Mémoires d’un touriste.
Le théâtre antique doit sa notoriété à son mur de
scène, richement orné de bas-reliefs et de statues, qui en absorbant l’écho, lui assure une acoustique exceptionnelle. Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, c’est le théâtre antique le mieux
conservé d’Europe.