LE
REQUIEM DE MOZART.
Wolgang
Amadeus Mozart, sous le regard de sa femme Constance, composant sur son lit de mort le célèbre requiem.
Tableau
de William James Grant.
A
l’origine de cette œuvre se trouve une belle histoire d’amour :
Elle
est belle, très belle même, la jeune épouse du comte Franz Von Walsegg Zu Stuppash. Elle a le teint pâle, des lèvres rouge cerise, de grands yeux rêveurs et tendres. Elle s’appelle Anna, elle a
vingt ans. Le comte a deux passions qui gouvernent son cœur et tout son être, sa jeune femme Anna et la musique. La musique, il en joue et pense même composer.
C’est
donc le sol qui s’ouvre sous les pieds du comte quand la douce et belle Anna meurt. Il décide d’ériger un mausolée à sa chère Anna, un mausolée de notes, une messe de requiem. Il commande cette
messe à un compositeur à peine plus âgé que lui et dont il aime les œuvres, un certain Wolfgang Amadeus Mozart. Il sait que l’ouvre sera de haute qualité, digne de sa femme
chérie.
Walsegg
sait que Mozart vit à Vienne, qu’il joue et qu’il a donc besoin d’argent. Le comte mandate un de ses amis très proche pour contacter Mozart, et lui proposer cinquante ducats, pour l’écriture
d’un requiem à l’intention d’un commanditaire anonyme.
Mozart
est impressionné quand, en juillet 1791, « celui qu’il nomme dans ses lettres le messager en gris » lui commande l’oeuvre ; il se sent en effet malade, épuisé, et il craint la
mort qu’il sent rôder auprès de lui. Il s’imagine qu’il compose ce requiem pour lui-même. Mozart y travaille jusqu’au bout de ses forces, usant ses yeux sur les portées mal éclairées par les
chandelles, tandis que Constance dort près de lui, dans ce lit dont il pressent que s’il s’y couche, il ne s’en relèvera pas. Il avance pourtant avec passion autant qu’avec
terreur.
Première page du requiem avec l’écriture de
Mozart.
Mozart
va rendre son dernier souffle, le 5 décembre 1791. Qu’advient-il du requiem ?
Constance
a plus que jamais besoin d’argent à la mort de son mari, et la douleur ravalée, elle comprend qu’elle doit tout faire pour honorer la commande du mystérieux homme en gris. Elle décide de confier
l’achèvement du requiem à un élève de Mozart.
Le
comte Walsegg, reçoit donc une œuvre dont aucune page n’est de la main de Mozart, Constance ayant gardé les originaux de son époux.
Le
comte recopie à son tour la partition intégralement terminée et la fait exécuter comme étant de lui en mémoire de sa tendre Anna.
Quelque
temps plus tard, Constance révèlera que son mari était en fait l’auteur de ce requiem qui avait impressionné tous ceux qui l’avaient entendu.
Mais
savoir que la puissance tragique de cette œuvre, véritable sommet autobiographique d’un génie qui se tourne vers l’au-delà, est née d’un geste d’amour n’est pas en contradiction avec cette
inspiration ultime portée par quelque chose qui, continue de nous dépasser.
Extrait
du Figaro Magasine de juillet 2011.