INSTRUMENTS DE MUSIQUE : LA HARPE.
Grand cabinet de la Reine ou cabinet doré.
(Harpe de J.H. NADERMAN décors tels qu’ils étaient en 1783)
De tous les instruments de musique, la harpe est sans nul doute l’un de ceux dont les origines remontent le plus loin dans le temps.
Son histoire illustre une évolution continue de sa facture et partant, du désir des musiciens de disposer de possibilités expressives toujours plus étendues.
De ce point de vue, le XVIIIe siècle constitua une période décisive pour la harpe.
Dans le sillage des facteurs bavarois Jacob et Simon Hochbrucker, les français Georges et François Cousineau, en réponse au succès que remportait l’instrument dans les salons parisiens, lui apportèrent d’autres modifications d’importance.
On comprend dès lors mieux que Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), lors de son troisième et dernier séjour parisien en 1778, ait été sollicité par le duc de Guînes pour la composition d’un concerto pout flûte et harpe.
L’aristocrate était en effet un excellent flûtiste amateur… et sa fille, par ailleurs élève de Mozart, touchait la harpe avec non moins de talent ! Le compositeur s’exécuta et donna jour au concerto en ut Majeur KV 299.
Toute la réussite de Mozart tient ici à l’intelligence avec laquelle il a tiré parti des timbres délicats des deux instruments solistes dans une composition remarquable d’intimisme et de tendresse.
Poursuivant la réflexion des Cousineau, le facteur Erard donna à la harpe, au début du XIXe siècle, la configuration que, à quelques détails près, elle a toujours conservée - avec le système des pédales dites « à double mouvements ». Permettant de jouer les notes soit naturelles, soit bémolisées ou diésées.
Ces nouveaux progrès permirent à l’instrument de faire son entrée dans l’orchestre grâce à Berlioz en particulier, mais également à Boieldieu (1775-1834) qui l’utilisa par exemple dans l’opéra La Dame Blanche. Preuve de son goût pour la harpe, le musicien lui avait consacré dès 1795-1800 un concerto en ut Majeur qui s’il ne manque pas de brio ni de galanterie, présente aussi des accents préromantiques (L’Andante Lento en ut mineur).
Bien servie par les auteurs du XIXe (Parish Alvars), la harpe continua d’attirer ceux du début du siècle suivant. Aux cotés des ouvrages de Debussy et Ravel par exemple, Le Concertstück op. 39 de Gabriel Pierné (1863-1937) mérite de figurer en bonne place car il allie la virtuosité à une réelle poésie.
Explication de : Alain Cochard
Marie-Antoinette jouant de la harpe dans sa chambre à Versailles, peint par Jean-Baptiste André Gautier D’Agoty (1780)