Par Liviaaugustae
Je vous invite pour une nouvelle balade à Versailles, en compagnie d’Alfred de Musset, bercée par le chant des cascades, des oiseaux et celui du vent dans les branches des arbres…
« Les peuples qui n’ont pas de mémoire n’ont pas d’avenir. »
Charles DE GAULLE
Bassin de Bacchus,
Sur trois marches de marbre rose…
Depuis qu’Adam, ce cruel homme,
A perdu son fameux jardin,
Où sa femme, autour d’une pomme,
Gambadait sans vertugadin,
Je ne crois pas que sur la terre
Il soit un lieu d’arbre planté
Plus célébré, plus visité,
Mieux fait, plus joli, mieux hanté,
Mieux exercé dans l’art de plaire […]
Que le parc de Versailles.
Ô dieux ! Ô bergers ! Ô rocailles !
Vieux Satyres, Termes grognons,
Vieux petits ifs en rang d’oignons,
Ô bassins, quinconces, charmilles !
Bassin de Bacchus,
Tout enveloppé d’eau, petit Satyre endormi.
Boulingrins plein de majesté,
Où les dimanches, tout l’été,
Bâillent tant d’honnêtes familles !
Fantômes d’empereurs romains,
Pâles nymphes inanimées
Qui tendez aux passants les mains,
Par des jets d’eau tout enrhumés !
Tourniquets d’aimables buissons,
Bosquets tondus où les fauvettes
Cherchent en pleurant leur chanson,
Où les dieux font tant de façons
Pour vivre à sec dans leur cuvette !
Ô marronniers ! N’ayez pas peur ;
Que votre feuillage immobile,
Me sachant versificateur
N’en demeure pas moins tranquille.
Non, j’en jure par Apollon
Et par tout le sacré vallon,
Par vous, Naïades ébréchées,
Sur trois cailloux si mal couchées,
Par vous, vieux maîtres de ballets,
Faune dansant sur la verdure,
Par toi-même, auguste palais,
Qu’on n’habite plus qu’en peinture,
Par Neptune, sa fourche au poing,
Non je ne vous décrirai point.
Je sais trop ce qui vous chagrine ;
De Phébus je vois les effets :
Ce sont les vers qu’on vous a faits
Qui vous donnent si triste mine.
Tant de sonnets, de madrigaux,
Tant de balades, de rondeaux,
Où l’on célébrait vos merveilles,
Vous ont assourdis les oreilles,
Et l’on voit bien que vous dormez
Pour avoir été trop rimés.
Par respect aussi j’ai dormi. […]
Mais vous souvient-il, mon ami,
De ces marches de marbre rose,
En allant à la pièce d’eau
Du côté de l’Orangerie,
A gauche, en sortant du château ?
C’était par-là, je le parie,
Que venait le roi sans pareil,
Le soir, au coucher du soleil,
Voir dans la forêt, en silence,
Le jour s’enfuir et se cacher
(Si toutefois en sa présence le soleil osait se coucher). […]
Alfred de Musset
Coucher de soleil sur le Grand Canal
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