Par Liviaaugustae
C’est la plus merveilleuse des Mères !
La Sainte Nuit
(Tableau peint par Carlo Maratta 1625-1713 Musée de Dresde)
BERCEUSE DE LA MERE-DIEU
Mon Dieu qui dormez, faible entre mes bras,
Mon enfant tout chaud sur mon cœur qui bat,
J’adore en mes mains et berce, étonnée,
La merveille, ô Dieu, que vous m’avez donnée.
De fils, ô Dieu, je n’en avais pas.
Vierge que je suis, en cet humble état,
Quelle joie en fleur de moi serait née ?
Mais Vous, Tout-Puissant, me l’avez donnée.
Que rendrais-je à Vous, moi sur qui tomba
Votre grâce ? O Dieu, je souris tout bas,
Car j’avais aussi, petite et bornée,
J’avais une grâce et Vous l’ai donnée.
De bouche, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas
Pour parler aux gens perdus d’ici bas…
Ta bouche de lait vers mon sein tournée,
O mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.
De main, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas
Pour guérir du doigt leurs pauvres corps las…
Ta main, bouton clos, rose encor gênée,
O mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.
De chair, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas
Pour rompre avec eux le pain du repas…
Ta chair au printemps de moi façonnée,
O mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.
De mort, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas
Pour sauver le monde… O douleur ! là-bas,
Ta mort d’homme, un soir, noire, abandonnée,
Mon petit, c’est moi qui te l’ai donnée.
MARIE-NOËL (extrait de : L’œuvre poétique)
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