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Patrimoine

 

 

 

 

 

 

 

REVENIR AU LOUVRE…

 

 

 

 

 

numérisation0003La façade de Pierre Lescot sur la cour carrée.

 

Loin de la laideur désespérante de l’art contemporain, le Musée parisien permet de recadrer l’idée du beau !

 

 

 

 

 

numérisation0001Détail de la voûte de la salle des saisons dans les appartements d’été d’Anne d’Autriche (stucs d’Anguier)

 

Chaque fois que je monte à Paris, je vais péleriner au Louvre. C’est la source de l’imaginaire occidental, depuis l’hellénisme jusqu’au romantisme en passant par le christianisme.

La source, ses ruisseaux, ses torrents, ses fleuves, ses deltas. La trame de notre esthétique, sa texture, ses labyrinthes, ses liens avec nos valeurs fondatrices : tout est là, formes et couleurs, il suffit de regarder pour apprécier l’héritage et s’y ressourcer.

 

 

 

 

 

numérisation0005La Vierge et l’Enfant en majesté entourés de six anges.

De : Cenni Di  Pepo dit Cimabue. Vers 1270.

 

 

Les Vierges peintes ou sculptées avec la même ferveur entre le Moyen Age de Cimabue et le baroque du Tintoret ont dessiné les contours d’un éternel féminin qui, aux âges profanes, enfanta l’égérie ou la femme fatale, Ophélie ou la Récamier, puis Marylin et Brigitte Bardot (jeune). Les adeptes du mariage homo ont beau réduire le genre à ses acquêts biologiques et physiologiques, la féminité occidentale, mixte de Vénus et de la Vierge est une aubaine inestimable. Sans elle, le désir se dégrade en pulsions l’érotisme en mécanique, l’amour en sentimentalité plus ou moins fadasse. Sans ce paysage mental enchanteur, voir ensorceleur, les jeux de séduction sont courts en bouche, et de la sylphide qui prête à rêver ont passe à la copine qui prête son anatomie. Perte sèche en ligne.

Au Louvre, on redécouvre vite de telles évidences et quand j’en ressors par la cour carré, je me sens dans ma culture comme l’enfant dans le giron de sa mère.  D’autant que le profil de Paris dévoilé à hauteur du Pont des Arts entretien l’illusion d’une continuité.

Me voilà sur la rive gauche, où divaguent autour du clocher de Saint-Germain-des-Prés les mânes de tant de poètes.

Hélas je me hasarde dans la rue Guénégaud et ses environs, où sévissent les galéristes de « l’art contemporain ». Les guillemets s’imposent. Des formes hirsutes, des couleurs criardes, des trucs innommables qui se veulent facétieux, ricanants ou vindicatifs, en tout cas provocants comme le coup de gueule d’un ado mal dans ses pompes. Pourquoi cette laideur désespérante, à deux cent mètres du Louvre que les « artistes » nouveaux guillemets, sont sensés avoir fréquenté ? Pourquoi plus aucun fil d’Ariane ne relie leur ineptie à l’histoire de l’art, y compris le moderne, cubisme, fauvisme, expressionnisme Munch, Soutine, de Staël, Picasso et consorts ? Comme si le musée imaginaire de Malraux s’était refermé à jamais. Car les attendus de « l’art contemporain », fruits secs d’ego en déroute et voués à l’éphémère, ne peuvent engager aucun dialogue avec les créations esthétiques de l’homme.

Je quitte ces lieux et déambule dans le Quartier Latin, où malgré tout subsistent çà et là de beaux restes des âges civilisés. Mais la laideur m’a vite rattrapé : elle s’étale sur les kiosques à journaux, avec une arrogance dans la vulgarité, les photos, la titraille, qui trahit le règne d’une barbarie sûre de son fait. Rien que du people, du porno, le ruissellement du fric et le culte de la dérision. Décidément, les rares intellos que je côtoie ont raison de me traiter de réac : tout me révulse dans cette société. Ce qui m’enchante ou m’exalte se conjugue au passé, le simple, le composé, l’antérieur. Claquemuré dans mon anachronisme, j’aborde le carrefour de l’Odéon. Des clampins y font la queue sous la pluie devant un cinéma. Ils feraient mieux d’aller au Louvre, grommelais-je en entrant au Danton où j’ai mes habitudes…

Certes notre civilisation agonise, mais tant qu’il y aura aux abords de la Seine un Louvre pour recadrer l’idée du beau, et alentours des splendeurs printanières pour incarner les saveurs, rien ne sera perdu.

Denis Tillinac

Extrait de : Valeurs Actuelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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