LE PAQUEBOT « FRANCE » !
Le France entrant dans le port de New-York.
UN PAQUEBOT MYTHIQUE !
Symbole d’élégance, d’esthétique et de rayonnement, ce bateau appartient à notre imaginaire. Il incarne la France, sa grandeur et ses maladies.
Au Havre, le France avait fini quai de l’oubli (…)
Les notes tristes et vengeresses de Sardou, « Ne m’appelez plus jamais France, la France elle m’a laissé tomber », sont inscrites à jamais dans le marbre de nos souvenirs amers (…)
Aujourd’hui, le musée de la Marine a décidé d’extraire le paquebot de l’oubli, de lui redonner vie (…)
Redonner vie au France, ce qui invite aussi à revenir sur le dramatique destin de ce bateau lancé par le général de Gaulle et baptisé par sa femme. Un navire miroir de la France, de ce qu’elle était – et reste- capable de bâtir par sa compétence et ses talents, mais aussi d’une France malade –et toujours- de sa rigidité sociale, de son conservatisme, de son refus de s’adapter quand il est encore temps. Le France, est mort sur son quai du Havre, tué par ses déficits. A peine avait-il cessé d’être français qu’il redevint rentable (...)
A l’origine il y eut beaucoup de temps perdu. Il s’écoula sept ans entre l’achèvement des projets (1953) et le lancement du navire à Saint-Nazaire, le 11 mai 1960. En présence de cent mille spectateurs, la voix illustre du général de Gaulle s’était exclamée : « Le paquebot France va épouser la mer. Qu’il s’en aille vers l’océan pour y voguer et y servir. » Il y eut ensuite nos rigidités administratives françaises (...)
Les Américains qui composaient à 80% la clientèle du bateau étaient de grands « flambeurs ». Or il fut impossible d’obtenir la création d’un casino à bord (…)
L’administration fiscale du ministère des Finances eut au contraire l’idée imbécile de contrôler systématiquement les déclarations de revenus des passagers de première classe embarqués sur la première croisière du bateau autour du monde ! La croisière mythique (…)
Le fisc fit peut-être une belle opération financière, mais il découragea aussi tout résident français pour la croisière suivante. « Personne n’avait envie de figurer sur une liste noire de millionnaires, encor moins « ceux qui ne l’étaient pas », et qui avaient économisé pendant des années pour s’offrir leur part de rêve (...)
Et comme le France, c’était l’état actionnaire majoritaire de la CGM, chacun en profitait. L’équipage ne cessa de croître jusqu’à devenir pléthorique. Les effectifs en congés étant à la charge du navire, le personnel, durant ses quatorze années de service, fut en moyenne de 1 300 marins quand il aurait dû être inférieur au millier ; quand il passa à 952, il était déjà trop tard.
A cela s’ajouta le « jusqu’au-boutisme » des syndicats ». Les grèves étaient d’autant plus fréquentes et coûteuses que la compagnie finissait toujours par céder. C’était (et c’est toujours) l’habitude chez les fonctionnaires et dans les services publics, ce fut la même chose à bord du bateau. Le France préfigure ce qu’on appelle la loi du « toujours plus » (…)
Résultat, en 1973, et pour la première fois de son histoire, le France ne parvint même plus à couvrir ses frais d’amortissement.
L’année suivante, au printemps 1974, la France changeait de président ; Valéry Giscard d’Estaing succédait à Georges Pompidou. Et le pays affrontait la première récession depuis 1945. Le gouvernement réagit par un sévère coup de frein, un plan d’austérité qui se voulait aussi un barrage contre la hausse des prix. Le France ne pouvait plus être subventionné comme il l’avait été.
« On subventionne les milliardaires », disaient les uns ; « On subventionne la CGT », répondaient les autres. (Aujourd’hui en 2011, rien n’a changé) !
L’état actionnaire décida de désarmer le bateau, qu’il était impuissant à gérer. La dernière croisière eut lieu au début du mois de septembre 1974 (…)
C’est alors qu’à l’aube de ce mercredi-là, soixante marins de la CGT occupèrent la passerelle s’emparant du bateau dans l’intention de bloquer les entrées du port et d’obliger le gouvernement à renoncer à sa décision.
Le premier ministre, Jacques Chirac se rendit au Havre pour indiquer qu’il ne reculerait pas. La mutinerie prit fin au bout de trois semaines et le France fut relégué sur un quai à l’écart, en attendant son désarmement - ou une reprise. (…)
Finalement, les syndicats perdirent tout : le bateau, ses emplois, ses compléments de pourboires qui, eux échappaient au fisc. Gilbert Trigano se déclara candidat à l’acquisition du France.
D’emblée, les discussions se heurtèrent au refus de la CGT, soutenu par la CGM. Le refus fut même « brutal et unanime » raconta G. Trigano. « Nous avions affaires aux durs. Ils nous disaient : « Surtout pas à vous ». C’est en vain que nous leur objections : « Mais vous allez finir par tuer la marine de ce pays ». La réponse était invariable : « On s’en fout ». (…)
Ce ne fut donc pas un français qui parvint à racheter le France mais d’abord l’homme d’affaires saoudien Akram Ojjeh, qui ne sut rien en faire et le vendit à un armateur norvégien. (…)
Le France quitta définitivement le Havre le 18 août 1979. Sur le quai, les marins pleuraient. Parmi eux se trouvaient ceux de la CGT qui avaient poussé l’aberration jusqu’à se suicider avec lui.
FRANCOIS D’ORCIVAL (Valeurs Actuelles du 17 février 2011, extraits)
Le style « France ».
Près de cinquante décorateurs laissèrent leur empreinte à bord de cette luxueuse vitrine du savoir-faire français.
L’appartement Normandie marie, confort et intimité.
La piscine de la classe touriste.
Un marque-page « cheminée ».
Une étiquette de bagage.
Un billet de passage.
Voilà tous ce qui reste de ce magnifique paquebot que fut « Le France » ! Je l’ai vu à quai au Havre, nous arrivions de Guadeloupe sur le paquebot « Antilles », tous les passagers étaient tassés côté quai, pour voir ce géant des mers… Il était splendide ! Et nous sur « Antilles » nous nous sommes sentis tout « petits »…
« Blue Lady ». Il n’’est plus le “France”. A la suite d’une grave avarie en 2003, le paquebot est confié aux ferrailleurs indiens en 2007.
Il n’en reste que des vestiges épars…