Persée et Andromède
Fresque de Pompéi
[…] Il (Persée) avait déjà laissé autour de lui et derrière lui des nations innombrables, lorsque ses regards tombent sur les peuples de l'Ethiopie et sur les champs de Céphée.
Là Andromède payait d'un châtiment immérité le langage insolent de sa mère, sur l'ordre de l'impitoyable Ammon. Le descendant d'Abas la voit enchaînée par les bras à de dur rochers...
… A son insu les feux de l'amour pénètrent dans son cœur ; il demeure stupéfait et, saisi à la vue de tant de beauté, il oublie presque de battre les airs de ses ailes...
...Persée redouble ses instances ; alors, craignait de paraître coupable d'une faute qu'elle ne voudrait pas avouer, elle lui apprend le nom du pays, le sien et le fol orgueil que sa mère avait conçu de se savoir belle ; elle n'avait pas encore tout raconté lorsque l'onde retentit ; un monstre arrive, qui se dresse au-dessus de la mer immense et couvre de son poitrail la vaste étendue des flots… : « Vous aurez plus tard tout le temps de pleurer ; pour sauver votre fille vous n'avez qu'un instant.
Si je vous la demandait, moi, Persée, fils de Jupiter et de celle que l'or fécond de Jupiter rendit mère dans sa prison, moi, Persée, vainqueur de la Gorgone à la chevelure de serpents, moi qui, porté sur des ailes frémissantes ai osé traverser les plaines l'air, assurément vous me choisiriez assurément comme gendre de préférence à tous les autres ; à tant de titre je veux, pourvu que les dieux me favorisent ajouter encore un bienfait. Qu'elle soit à moi et je m'engage à la sauver par ma valeur. » Acceptant cette condition (qui aurait pu hésiter ?), les parents pressent le héros et lui promettent, outre leur fille, un royaume pour dot...
Ainsi se précipitant d'un vol rapide à travers l'espace, le descendant d'Inachus s'abat sur le dos du monstre, il lui plonges son fer dans l'épaule droite jusqu'au crochet recourbé.
Atteint d'une cruelle blessure, celui-ci tantôt se dresse dans les airs de toute sa hauteur, tantôt se cache sous les eaux, tantôt tourne sur lui-même, comme un sanglier farouche effrayé par une meute de chiens qui l'enveloppe en hurlant....
Il a aperçu un écueil dont la pointe se dresse au-dessus des ondes, quand elles sont calmes, mais que la mer recouvre quand elle est agitée. Il le prend pour appui et, tenant de la main gauche l'extrémité de ce rocher, il plonge trois ou quatre fois son fer dans les entrailles du monstre, sans lui laisser aucun répit. Des applaudissements et des cris retentissent sur le rivages et montent jusqu'aux demeures célestes ; pleins de joie, Cassiopée et Séphée, père d'Andromède, saluent le héros du nom de gendre ; il le proclament l'appui et le sauveur de leur maison ; délivrée de ses chaînes, s'avance vers eux la jeune fille qui fut la récompense et la cause de cet exploit.
[…] Persée, craignant que le dur gravier ne blesse la tête couronnée de serpents, il étend sur le sol des feuillages moelleux, amasse une couche de tiges légères, nées sous les eaux, et y dépose la tête de Méduse, fille de Phorcys. Ces tige récemment coupées, où une moelle spongieuse entretenait encore la vie, éprouvent aussitôt, à son contact, l'effet de la tête monstrueuse ; elles durcissent ; rameaux et feuillages prennent une rigidité jusque là inconnue. Cependant les nymphes de la mer essayent de renouveler ce prodige sur d'autres rameaux ; charmées d'y réussir chaque fois, elles en jettent, telles qu'elles les trouvent les semences dans les eaux ; aujourd'hui encore le corail a conservé la même propriété ; il durcit au contact de l'air et ce qui dans la mer était une branche flexible devient, quand il en sort, une pierre […]
Métamorphoses d'Ovide