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Poème.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

numerisation0005.jpgA LAURE.

 

Ta sœur aînée a dit ce soir, songeuse et grave :

« Je suis mariée, il y a deux hivers,

Déjà !... C’est pour cela qu’elle a des  yeux qui [savent.

Moi je t’aime, petite sœur, pour tes yeux clairs.

 

Elle aime à voir jouer son enfant. Elle est lasse.

Toi, tu le prends, tu ris, tu crois que tu comprends,

Tu dis : « C’est son petit enfant… » Et puis, tu passes.

Tu ne sais pas combien c’est son petit enfant.

 

Tu songes : « Ma sœur est ma sœur… » Non, elle est [mère.

Elle n’est plus ta sœur, elle est mère d’abord…

Puis elle est femme ! Toi, tu vas dans la lumière…

Ta robe ne sait pas la forme de ton corps.

 

Tu descends au jardin quand les rosiers sont roses,

Tu fermes les volets au soleil de midi,

Tu vis sans t’étonner dans la gaieté des choses,

Tu ne sais pas qu’on t’aime : on ne te l’a pas dit.

 

J’ai pris tes mains parmi mes mains, et tes mains [même

Ne savent pas pourquoi mes mains tremblent, ce soir…

Je t’aime de ne pas savoir comment je t’aime,

Et parce qu’il vaut mieux, vois-tu ne pas savoir.

 

PAUL GERALDY

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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