Par Liviaaugustae
MON DIEU M’A DIT…
I
Mon Dieu m’a dit : « Mon fils, il faut m’aimer. Tu vois
Mon flan percé, mon cœur qui rayonne et qui saigne,
Et mes pieds offensés que Madeleine baigne
De larmes, et mes bras douloureux sous le poids
De tes péchés, et mes mains ! Et tu vois la croix,
Tu vois les clous, le fiel, l’éponge, et tout t’enseigne
A n’aimer, en ce monde amer où la chair règne,
Que ma Chair et mon sang, ma parole et ma voix.
Ne t’ai-je pas aimé jusqu’à la mort moi-même,
O mon frère en mon Père, ô mon fils en l’Esprit,
Et n’ai-je pas souffert, comme c’était écrit ?
N’ai-je pas sangloté ton angoisse suprême
Et n’ai-je pas sué la sueur de tes nuits
Lamentable ami qui me cherche où je suis ?
II
J’ai répondu : « Seigneur, vous avez dit mon âme
C’est vrai que je vous cherche et ne vous trouve pas.
Mais vous aimer ! Voyez comme je suis bas,
Vous dont l’Amour toujours monte comme une flamme.
Vous, la source de paix que toute soif réclame,
Hélas ! Voyez un peu tous mes tristes combats !
Oserai-je adorer la trace de vos pas,
Sur ces genoux saignants d’un rampement infâme ?
Et pourtant je vous cherche en longs tâtonnements,
Je voudrais que votre ombre au moins vêtit ma honte,
Mais vous n’avez pas d’ombre, ô vous dont l’amour monte,
O vous, fontaine calme, amère aux seuls amants
De leur damnation, ô vous toute lumière,
Sauf aux yeux dont un lourd baiser tient la paupière !
VERLAINE : extrait de Sagesse.
Christ portant sa croix : huile sur toile de Marco Palmezzano
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