Par Liviaaugustae
Le Lecteur de Honoré Daumier (XIXe siècle)
On célèbre en 1930…
On célèbre en 1930 le centenaire du romantisme. Un centenaire est toujours un enterrement de première classe avec discours.
Mais, cette fois, le mort que nous enterrons se porte on ne peut mieux. Qui pourrait en effet affirmer sans rire que le romantisme n’est plus ? Il avait rompu avec les classiques ? Nous aussi. Il imposa le culte du moi ? Nous aussi.
Pour une confession d’un enfant du XIXe siècle, cent mille enfants du XXe siècle se frappent aujourd’hui sur l’estomac. Ce n’est pas Paul Morand qui a découvert les nègres, c’est Madame Duras. Ce n’est pas Luc Durtain qui est allé le premier en Amérique, c’est Chateaubriand.
L’exotisme ? Voilà cent ans que Sarah, belle d’indolence, se balance dans un hamac, au-dessus d’une littérature toute pleine d’eau puisée dans l’Ilissus ; cent trente ans qu’Atala, une plume de hulotte sur l’oreille, pleure dans le Meschacebé et que les dames créoles enfantent, dans leur alcôve, les danseurs de la rue Blomet.
La troupe des gilets rouges de Gautier remplissait Paris de clameurs. La troupe d’André Breton fait la même chose, mais en chandails. Mauriac nous ramène à Dieu, sur la trace des martyrs. Nous écrivons des vies romancées… comme Michelet. Et si tous nos écrivains sillonnent actuellement les mers, c’est parce que Baudelaire les a invités à partir.
Romantisme ! On fait un succès sans précédent aux écrivains allemands. Sans précédent, quand le XIXe siècle était aux pieds de Goethe, de Ruckert, de Schiller et de Heine ? Balzac, Georges Sand et Eugène Sue ont dégagé les voies de Pirandello. La fortune des antiquaires date du cousin Pons, et faut-il attendre que Jean Cocteau s’habille en Arménien pour le proclamer petits-fils de Jean-Jacques ?
Alors, qui devons-nous porter en terre ?
Pas les principes, mais les accessoires. Le rossignol qui a trop chanté ; le clair de lune blessé par les projecteurs ; les étoiles écornées par l’aile des avions ; les chevelures tombées sous le fer d’Antoine ; les tilburys remplacés par des six-cylindres ; la harpe assassinée par le jazz ; les gazelles détrônées par les fox à poil dur et les narguilés supplantés par les virginiennes.
Et, pour allonger le cortège, qu’on y ajoute aussi les mots défunts. Qu’on enterre soupirs, ivresse, élégie, transports, délices, azur. Et qu’on mène le deuil des jardins disparus, le deuil de l’Abbaye, le deuil des Feuillantines, le deuil de ce jardin si petit, mais d’un si vaste ombrage, où rêvait Cosette, rus Plumet.
Germaine Beaumont
Extrait de : Si je devais…
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