Dimanche 24 novembre 2019
Fête du Christ Roi
« Celui qui dresse dans le ciel et érige son palais au-dessus de la terre, le Seigneur est son nom »
(Amos 9, 6.)
Ce splendide passage prophétique de l'Ecriture Sainte illustre bien la fête du Christ-Roi, et cette œuvre inattendue du Grand Nord.
Le Christ en gloire, ou Pancreator, est une peinture sur bois du XIIIe siècle, au plafond d'une des plus belles églises « en bois debout » – les stavkirker – de Norvège, celle de Torpo.
Ce nom vient du mot stav qui désigne le mât ou poteau central qui soutient l'architecture, entièrement en bois, de ces églises construites par les vikings récemment christianisés. Ils commencèrent à se sédentariser en Scandinavie à partir du XIe siècle, arrêtant leurs raids meurtries sur leurs célèbres bateaux. Les « églises en bois debout », où églises à mâts, sont conçues comme ces navires, pour résister aux plus fortes tempêtes et six mois de neige.
La starvkirke de Topo, de la fin du XIIe siècle, se dresse dans la belle vallée de Hallingdal en Norvège du Sud. Avec son clocher trapu, son architecture est particulièrement sobre et austère. L'extrémité ouest de la nef – car le chœur fut démoli au XIXe siècle – fut surmontée au XIIIe siècle d'un baldaquin décoré de peintures exécutées directement sur le bois – on peut parler de fresques.
Avant la Réforme luthérienne, les églises étaient catholiques en Scandinavie. Un ensemble de sept grandes peintures entourent le Christ : les douze apôtres et toute la vie de sainte Marguerite.
Le Christ Pancreator (tout-puissant) bénit et tient le Livre de la Parole de Dieu, deux manières de représenter qu'il est le Verbe éternel. Le Christ est aussi entouré du Tétramorphe, une des représentations les plus répandues dans l'art médiéval. Le Tétramorphe – « quatre formes » en grec – ou les quatre animaux, ou encore les quatre vivants : trois appellations pour une même image. Leur première description est dans la vision d'Ezéchiel (1, 5-14), la seconde dans l'Apocalypse (4, 6-8).
Chacun des quatre animaux tient le livre de son évangile : l'aigle pour Jean, l'ange pour Mathieu, le lion pour Marc, le taureau pour Luc. C'est saint Irénée, au Iie siècle, qui les aurait interprétés comme symboles du début de chaque évangile. L'ange ou homme ailé rappelle la généalogie humaine de Jésus, le lion jean Baptiste prêchant comme un lion qui rugit dans le désert, le taureau le sacrifice de Zacharie, l'aigle – oiseau capable de voler très haut – le prologue spirituel et théologique de Jean.
La deuxième interprétation est que le Christ est homme par sa naissance, veau sacrificiel par sa mort, lion de Juda par sa Résurrection, et aigle par son Ascension.
La troisième est que ce sont les qualités du chrétien : il doit se comporter comme un homme et non comme une bête, avoir tantôt l'audace du lion et tantôt la patience du veau, et tel l'aigle tendre vers les réalités d'En-Haut.
Bien que nordique, notre Christ est parfaitement gothique comme en Europe du Sud, par sa distinction raffinée et sa majesté, humaine et non seulement divine comme dans l'art roman. Dans le cercle de son auréole s'inscrit une croix : c'est la plus ancienne forme de croix, qui apparut dans l'art chrétien de l'Egypte dès le IIe siècle. Il rappelle le style gothique en Allemagne ou en France par la forme du visage, de la chevelure et de la barbe. Mais l'ensemble est hiératique et grandiose, bien en relation avec la vision de saint Jean dans l'Apocalypse, au chapitre 4 : « Voici qu'un trône était dressé dans le ciel, et siégeant sur le trône, Quelqu'un. »
Marie Gabrielle Leblanc
Le starvkirke « église en bois debout » de la vallée de Hallingdal dans laquelle se trouve ce magnifique Christ Pancreator
(image internet)