Jeudi dernier, le 19 mars, c'était la fête de Saint Joseph.
Pour lui rendre hommage je vous propose ce magnifique tableau de Georges de La Tour.
Avec l'apparition de l'ange à saint Joseph, Georges de La Tour a peint là un de ses plus parfait clair-obscur.
D'une profondeur inégalé, cet œuvre nourrit comme nulle autre la vénération que mérite le charpentier de Nazareth.
Un contraste oppose et unit l'enfant qui tient le rôle de l'ange (sans ailes, mais chacun comprend qu'il est un ange), dont le pur profil est brillamment éclairé par la flamme placée au centre, mais cachée par son bras, au vieillard dans la pénombre, accablé de sommeil et de chagrin. L'enfant, très grave, déploie en une gracieuse arabesque sa main qui explique et persuade avec assurance : Il sait ce que le patriarche ignore encore, il lui apporte la certitude, la vertu théologale de foi et la vertu cardinale de force. Et aussi, de manière plus humaine, le réconfort. La main de l'ange représente la Grâce divine qui vient au secours du croyant dans la nuit et le doute.
La Tour aime souligner ce paradoxe de l'enfance qui apporte révélation et don de science à la vieillesse. Joseph, chargé d'ans, a certes une certaine expérience, mais cet ange, créature spirituelle, en sais infiniment plus que lui sur le passé et l'avenir, sur le Plan de Dieu et sur la véritable nature de l'Enfant de Marie.
Lequel des trois songes de Joseph est représenté ici ? Aucune indication n'est donné par le peintre, c'est au spectateur de choisir.
L'entière disponibilité de Joseph à la volonté de Dieu est marquée par sa main près de l'oreille : Bien qu'assoupi, il est à l'écoute de la Parole. Sa foi et sa bonne volonté son souligné par la Bible ouverte sur ses genoux, un doigt marquant encore la page.
C'est au XVIIe siècle que l'on a vraiment découvert la dévotion à saint Joseph. De nombreux tableaux, spécialement français mais aussi espagnol et ibéro-américain, représente celui qui fut si proche de Jésus. Au Moyen-Âge il était considéré comme le dernier patriarche de l'ancienne loi plus que comme un saint à part entière, et il n'avait même pas toujours d'auréole. C'est Thérèse d'Avila au XVIe siècle, qui a commencé à prier saint Joseph. ET au siècle suivant, on pris conscience que la personne la plus proche de Jésus, après Marie, avait été Joseph, et qu'il était fructueux de se rapprocher de ce grand priant silencieux, toute sa vie au service de la Mère et de l'Enfant, avec discrétion, efficacité et diligence, sans jamais se mettre en avant.
Notre tableau est contemporain des nocturnes les plus célèbres de de La Tour. Le peintre a dépassé la cinquantaine et vient de quitter Nancy où il s'était réfugié, et de rentrer dans sa ville de Lunéville, en ruine après l'atroce et sanguinaire guerre de Lorraine. La flamme dans la nuit, encore cachée au regard du spectateur, représente, en 1645 comme aujourd'hui, l'espérance chrétienne au cœur de l'épreuve, les deuils et les épidémies ayant jalonnées la vie du peintre.
Marie-Gabrielle Leblanc