L'émail de la Résurrection...
L'abbaye impériale de Klosterneuburg près de Vienne, en Autriche, conserve un incroyable chef-d'œuvre : Un grand triptyque en émail sur or qui date du XIIe siècle, à la charnière des styles roman et gothique.
Cette merveille est l'œuvre de l'orfèvre lorrain Nicolas de Verdun. Cette belle Résurrection de 1181, est l'une de ses cinquante deux plaques d'émail bleu sur or pur .
Le Christ, ciselé en or sur fond d'émail de plusieurs tons de bleus, sort par sa propre puissance de son tombeau, en levant les bras dans un geste de victoire et d'actions de grâce envers son Père. Son linceul reste dans le sarcophage.
Les gardes terrifiés, devant le tombeau, fond penser à des lions roulés en boule. Comme dans le psaume 91, le Christ est vainqueur du mal symbolisé par le lion qu'il semble ici fouler aux pieds.
En effet dans sa première épître, au chapitre 5, saint Pierre recommande d'être sobre et de veiller, car « Notre adversaire le diable rôde, comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer. » Ce passage était bien connu car lu tous les dimanches soir à Complies*. Mais le lion, dans l'art chrétien, possède une symbolique multiple et complexe. Il est aussi le symbole de la Résurrection du Christ, lion de Judas.
La Résurrection s'intitule Agnus pascalis (l'Agneau Pascal), et autour est gravé en latin : « Le Père redonne vie à Celui qui resta trois jours au tombeau. »
Chaque scène de la vie du Christ, sous une arcade trilobée portée par des colonnettes antiques, est encadrée par deux scènes de l'Ancien Testament, non visible ici.
Le monastère de Klosterneuburg fut fondé au début du XIIe siècle par saint Léopold III de Babenberg, margrave d'Autriche et son épouse Agnès. On le considère comme l'Escurial ou le Saint Denis de l'Autriche, les insignes du couronnement des empereurs y sont conservés. C'est un monastère de chanoines réguliers de Saint Augustin. La salle capitulaire, chapelle des reliques de saint Léopold,abrite ce joyau de l'orfèvrerie mosane. C'est le plus grand émail médiéval conservé. Cette œuvre impressionnante constitue un immense panorama récapitulatif du mystère de la Rédemption, de la première Révélation dans la Genèse à la Parousie* selon la théologie du Moyen-Âge. L'accent était mis sur le caractère symbolique et prophétique de chaque épisode de l'Ancien Testament, qui annonçait un moment de la vie du Christ. Le triptyque s'achève sur six scènes du Jugement dernier. Cet ensemble de haute valeur théologique et esthétique, ne fut agencé en triptyque qu'au XIVe siècle, pour être mis sur l'autel de l'abbatiale. Au-paravent c'était un ambon à trois côtés.
Marie-Gabrielle Leblanc
*(Les complies du latin completorium est la dernière prière chrétienne du jour après le coucher du soleil dans la Liturgie des Heures (Prière quotidienne chrétienne).
*(La parousie est une notion chrétienne qui désigne la « seconde venue » du Christ sur la Terre dans sa gloire, la première étant sa naissance).
Le grandiose triptyque de Klosterneuburg en son entier.